GRIMBERT (Pierre) - Le Secret de Ji

Une fantasy française de qualité

jeudi 16 août 2007 , par slabbe

Tout le défi, pour un auteur de fantasy, consiste à créer un univers crédible. Quand les critiques cherchent à définir le genre, ils se heurtent à un problème majeur, d’un point de vue théorique : rien ne distingue véritablement la fantasy du merveilleux, Peter Pan du Seigneur des anneaux. Sauf que… James Barrie se moque de créer un univers crédible, « Neverland » peut très bien appartenir au monde des rêves alors que la « Terre du milieu » de Tolkien nous saisit par l’effet de réel qui s’en dégage ; et c’est là que réside la force du Secret de Ji de Pierre Grimbert, les « Royaumes connus » ont leurs institutions, leurs us et coutumes, leur couleur locale un rien familiers : les royaumes du sud sont légers et cruels, le nord est dépeuplé shamanique, l’est inconnu et barbare. Si l’on ajoute à cela, une série de personnages attachants et légèrement décalés, une intrigue parfaitement maîtrisée on obtient un roman digne des meilleurs modèles anglo-saxons. Le premier tome est sans doute le plus réussi, les tueurs de la terrible secte Züu éliminent impitoyablement les descendants d’un groupe d’ambassadeurs de tous les mondes connus qui, cent dix-huit ans plus tôt, se sont réunis sur la petite île de Ji pour répondre à l’appel du mystérieux Nol l’étrange. Une absence de trois semaines, et sept d’entre eux sont réapparus porteurs d’un secret qu’ils ne révéleront à personne. Du massacre de leurs descendants, ne subsistent que six hommes et femmes déterminés à échapper aux tueurs et à connaître la vérité. Grimbert joue avec les codes du genre, ainsi le géant Bowbaq est-il un pacifiste convaincu quand la pure jeune file Léti se fait redoutable guerrière. Le seul bémol à émettre au sujet de ce livre serait l’utilisation du merveilleux, le monde des dieux qui côtoie celui des hommes manque parfois de vraisemblance, ainsi lorsque l’un des héros Yan plonge dans une cuve pour rencontrer le dieu Usul, « celui qui sait », l’épisode sombre dans une tonalité prosaïque qui empêche crédibilité du dieu ainsi que celle de ses prophéties. L’auteur est manifestement plus à l’aise lorsqu’il s’agit de donner de la consistance à ses personnages ou d’élaborer des royaumes à l’ambiance singulière. Il y a par ailleurs une intéressante réflexion sur la transmission : là encore l’auteur se joue des codes et le maître choisit rarement son élève, c’est ce dernier qui s’impose à lui par sa persévérance ou ses dons naturels. C’est donc une vision moderne et optimiste de l’éducation qui s’impose ici, fondée sur la liberté et non sur le poids des traditions. Le roman, comme tout roman de fantasy, pose le problème du mal et le fait de manière originale. Le mal naît ici de la démesure, le méchant (dont nous ne révèlerons pas le nom) est une victime de sa quête de l’immortalité et Grimbert traduit en situations concrètes une question métaphysique : préférer le ciel à tout autre idéal, n’est-ce pas se détourner de l’humanité ?

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