Danielle Martinigole un écrivain de tempérament

dimanche 7 octobre 2007 , par slabbe

Danielle Martinigole s’est spécialisée dans l’écriture de romans pour la jeunesse. Son programme d’écriture : les trois A (amour, aventure, ailleurs) pourrait prêter à sourire et conduit à des réussites inégales. On sent que les romans (pardon chère madame !) édités chez l’éphémère Degliame sont un peu bâclés.

Il y a cependant chez cet écrivain un vrai tempérament – je sais de quoi je parle puisque je l’ai fait intervenir auprès de mes élèves, il y a quelques années. Cela se traduit dans l’écriture par des intrigues solidement charpentées autour, généralement, d’une idée originale. Son roman le plus connu, Les oubliés de Vulcain [1] imagine au cœur d’une humanité en pleine expansion – les « Trente mondes » – une planète poubelle sur laquelle vivent, oubliés de tous, les Vulcanos, sortes de parias qui survivent en triant les déchets en provenance des autres planètes. On peut apprécier dans la même collection L’Enfant-mémoire [2] (écrit en collaboration avec Alain Grousset) qui reprend le thème cher à Eshbach du livre perdu (oui, l’idée m’a séduite). Ce petit roman sans prétention amorce par ailleurs un sujet qu’on trouve rarement exploité (du moins à ma connaissance) en SF, celui d’un être vivant capable de franchir les espaces intersidéraux, il s’agit ici d’un phénix. L’animal confère au récit un soubassement mythologique et une densité inattendue dans un roman pour la jeunesse.

L’œuvre qui systématisera le thème est la trilogie des « abîmes » [3]. Le premier volume dont Hachette n’avait pas voulu fut publié chez Mango et donna lieu à un travail d’écriture étonnant. Résultat : un roman déconcertant sans personnage véritablement attachant mais à l’intrigue parfaitement maîtrisée et à l’écriture ciselée. Le roman a accumulé les prix et lancé l’auteur dans le challenge des suites à donner. Les abîmes sont des êtres maritimes, de gigantesques animaux métamorphes à l’apparence de cétacés (voir les illustrations de Manchu, particulièrement réussies) dont l’esprit peut s’accorder à celui d’un être humain, et un seul. Ils ont par ailleurs le pouvoir d’accéder à l’hyperespace. La relation symbiotique de l’animal et de l’humain- pilote est donc l’un des ressorts dramatiques clé de la série. Le succès des âbimes a conduit Hachette a réviser son jugement puisque le tome 1 vient de sortir en livre de poche.

Une autre série intéressante, écrite elle aussi en collaboration avec Alain Grousset auquel s’ajoute Paco Porter, est la série Lumina [4]. Il s’agit d’une série d’héroïc fantasy destinée aux dix-treize ans. Rien de véritablement innovant dans cette série écrite à l’arrache. La princesse Lumina dépossédée de son trône lutte avec des amis de fortune contre son oncle, une sorte de Dark Vador sans imagination, qui, dans son entreprise néfaste, trouve l’appui d’une secte de sorcières. La série a néanmoins un mérite, elle se compose d’une douzaine de volumes très courts qui permettent aux lecteurs les plus réfractaires d’aller jusqu’au bout – et oui ! tout le monde ne peut pas lire Harry Potter. Contrairement à notre ami Eschbach, Danielle Martinigole est une adepte de l’écriture collective. Le scénario des ouvrages est bâti en commun puis chaque écrivain rédige un tiers de l’ouvrage. Les options minimalistes en matière de choix stylistiques font qu’il n’y a pas de véritable rupture. Mais pour qui connaît les deux autres auteurs (Grousset et Porter) ce peut être un jeu de deviner qui a fait quoi. On l’aura compris l’œuvre est inégale ; au milieu d’ouvrages qui ont une vocation alimentaire, on trouve de véritable petits joyaux parmi lesquels on retiendra les Oubliés de Vulcain et la trilogie des « abîmes ». Une nouvelle série prometteuse (Les Sondeurs des sables) démarre chez Hachette, qui reprend le motif du mutant télépathe combinant les influences des Slans de van Vogt et le « talent » des monstres de Dan Simmons dans L’échiquier du mal, Martinigole semble y avoir définitivement intégré les principes d’une écriture percutante et l’intrigue est des plus prometteuse.

A noter que tous les ouvrages de notre auteur éditées chez Hachette et Mango sont illustrés par Manchu, l’auteur et l’illustrateur s’appréciant mutuellement. La finesse du trait et le sens du mouvement de l’illustrateur sont en adéquation avec la plume nerveuse et souvent délicate de l’auteur. On appréciera particulièrement les couvertures de L’envol de l’Abime et de l’Enfant mémoire qui mettent en relief de façon adroite et vivante la créature extra-terrestre, tout en soulignant sa majesté et la possibilité d’une complicité avec les héros. Manchu illustre également de dessins à la plume aux nuances de gris savamment dosées les moments clés des intrigues, un atout de plus donc pour ces romans qu’un lecteur adulte peut aussi lire avec plaisir. S. Labbe

Les sites de l’auteur exposent des esquisses de Manchu, des photos et une bibliographie complète : http://martinigol.monsite.orange.fr...

http://monsite.wanadoo.fr/abimes/

[1] Les Oubliés de Vulcain, Livre de poche jeunesse, 1995.

[2] L’enfant Mémoire, Livre de poche jeunesse, 1996.

[3] L’Envol de l’Abîme, L’Appel des Abîmes et L’enfant et l’Abîme, chez Mango en 2001, 2004 et 2005.

[4] Série « Lumina » publié chez Flammarion (coll. Castor Poche), sous le pseudonyme de Dan Alpac entre 2000 et 2002.

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