LEVIN (Ira) - Un bonheur insoutenable

jeudi 1er novembre 2007 , par slabbe

Ira Levin a finalement peu écrit pour la science-fiction, il est plus connu pour son œuvre fantastique (transposée au cinéma par Polanski) Rosemary’s baby que pour ses romans de SF qui pourtant sont aujourd’hui des classiques. Ira Levin tire son inspiration d’une observation aiguë du monde moderne.

« C’est fantastique ! affirme le grand-père du héros d’Un bonheur insoutenable, C’est une expérience que l’on a qu’une fois dans sa vie ! Rends-toi compte, tu vas voir la machine qui va te classifier, te donner une affectation, qui va décider où tu vivras et si tu peux ou non épouser la fille que tu auras envie d’épouser, et dans l’affirmative, si vous pourrez avoir des enfants et quels noms vous leur donnerez ! » Un tantinet sarcastique le grand père ? Il se pourrait. La machine en question est UniOrd, gigantesque ordinateur enfoui dans les flancs d’une montagne et qui régule l’existence d’un état mondial où règne désormais un bonheur parfait. Antidépresseurs et somnifère sont largement distribués à des humains qui tous les mois sont soumis à un inpitoyable bilan.

On le voit, le roman réinvestit le motif de la dystopie cher à Orwell et Huxley, si l’analyse politique est moins fouillée que chez ses illustres prédécesseurs, Levin fait preuve d’un sens dramatique plus affirmé. Pas de digression didactique comme chez Orwell, mais une intrigue linéaire aux rebondissements plausibles et savamment ménagés. Le héros Li Copeau se singularise dès sa naissance par une difformité physique inexplicable, dans un monde si harmonieux : il a les yeux vairons. Il hérite aussi de l’esprit sarcastique d’un grand père désabusé qui a pourtant participé à la construction d’UniOrd et joue le rôle d’éveilleur de conscience. L’intrigue juxtapose plusieurs tentatives de révolte vouées à l’échec jusqu’au jour où Copeau rencontre la belle Lilas et les « anormaux », un groupe de révoltés qui a trouvé les moyens de détourner la vigilance d’UniOrd. En compagnie de Lilas, Copeau rejoindra les « incurables », derniers insoumis qui résident à Majorque et échappent à la surveillance de l’état informatique omnipotent. De là, le combat pourra commencer.

Publié en 1970, le roman extrapolait les possibilités de l’outil informatique. On pourra noter que Levin est aussi l’auteur du jubilatoire Femmes de Stepford dont personne ne sait s’il est un pamphlet anti-féministe ou une fable humoristique simplement fantasmatique. Toujours est-il que la même interrogation traverse les deux romans : comment l’homme peut-il conquérir sa liberté au sein d’une société aux conventions toujours plus étouffantes ? Levin est sans conteste un écrivain à relire, sa modernité surprend.

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