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Rencontre avec Alain Damasio (10/13)

Mai 2006 à Lannion

mercredi 5 mars 2008 , par myrdhynn

Pourquoi ce début chaotique avec ces ponctuations, c’est pour dire : voilà le vent était premier. Le vent c’est la page blanche, on ne voit pas où c’est ; arrivent les signes de pontuations qui commencent à rythmer le vent : salve, turbule, ralentissement et après arrivent les mots c’est à dire la matière. Le vent ralentit quand il y a de la matière. C’était une sorte de cosmogonie par le vent.

Public : Et c’est pour ça que le livre commence avec des ponctuations ?

A. Damasio : Pourquoi ce début chaotique avec ces ponctuations, c’est pour dire : voilà le vent était premier. Après le vent arrivent les premiers signes de ponctuations. Le vent c’est la page blanche, on ne voit pas où c’est, arrivent les signes de pontuations qui commencent à rythmer le vent : salve, turbule, ralentissement et après arrivent les mots c’est à dire la matière. Le vent ralentit quand il y a de la matière. C’était une sorte de cosmogonie par le vent, c’est à dire je voulais faire dans le langage ce qui est raconté : au début fut la vitesse et puis la vitesse ralentit, çà donne des vents ralentis, çà donne de la matière. Donc c’était une analogie. Voilà çà traverse le bouquin mais je n’ai pas réussi, j’ai complètement raté à transcrire celà. C’est une très très belle idée mais je n’ai pas réussi parce qu’il y a des problèmes de lisibilité. A un moment donné, soit vous voulez lu ou pas. C’est bien beau de délirer ... Mais il y en a qui le font en poésie, c’est ce que l’on appele la typoésie. C’est à dire des gens qui travaillent énormément sur le lettrisme, la forme des lettres, la forme de la ponctuation. J’adore celà, c’est passionnant.

pepe1937 (Pérégrine) : Si je comprend bien la forme est beaucoup plus importante pour toi que le fond.

A. Damasio : Je ne dirais pas celà car je véhicule des valeurs - j’ai une conception classique. J’essaye de faire des livres qui portent des valeurs, là-dessus je n’ai pas peur d’être très classique. J’essaye de véhiculer un contenu mais je pense que celui ci n’a aucune valeur s’il n’est pas porté par la forme adéquate avec son contenu. C’est à dire, par exemple, je prétends développer une certaine idée de la vitalité et de l’intensité dans mes livres. Ceux ci véhiculent une certaine forme d’énergie ; si mon rythme et mon style n’est pas énergique, pour moi ce n’est même pas la peine. Si je fais une phrase toute plate en disant "allez on a la pêche les gars" je veux dire que ça ne sert à rien, de toute façon ça ne passera pas.

pepe1937 (Pérégrine) : Pêche est très percutant.

A. Damasio : Et puis d’ailleurs c’est l’applicatif de "che", le rythme du "che". Les "f","v", "che" ... etc, comment celà se fait : la glotte est entre-ouverte et la colonne d’air frotte sur la glotte comme sur un rocher et celà crée un effet de souffle. Celui que j’adore c’est le "f". Mon prochain livre s’appelera les furtifs. Les allemands utilisent beaucoup le "che" par exemple, et le "che" je ne sais plus combien c’est un nombre de décimètres cubes incroyable, chaque "che", que vous prononcez, projette beaucoup d’air. Donc, c’est une langue extrèmement fatigante l’allemand, l’effort de prononciation de cette langue est bien plus important en terme de décimètres cubes d’air dépensés que le français. Et on le sent d’ailleurs quand on entend les allemands : ils souffrent, ils se battent. Alors qu’il y a des langues qui sont plus fluides, il y a une économie de l’effort de production. J’aime bien ce terme schleu, c’est l’essence de la langue le "che". Les mecs ont senti, même si c’est un mot d’argot : c’est la langue des "che". J’espère qu’il n’y a pas de germaniste ... ! [off : il y en a 2] Je savais que j’allais dire une connerie.

 
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