Les Reliques de la Mort

Une fin attendue

dimanche 16 décembre 2007 , par slabbe

Enfin la fin ! Voilà notre héros, Harry Potter libéré de Poudlard, face à son destin, cheminant aux côtés de ses compagnons de toujours Ron et Hermione, en plein chaos. Celui dont on ne doit pas prononcer le nom s’est emparé du pouvoir et une vague brune s’est abattue sur le monde des sorciers. Harry, fidèle au souvenir du regretté Albus Dumbledore s’engage dans une chasse aux Horcrux, ces partitions de l’âme de Voldemort enfermés dans des objets magiques et qui lui ont permis de survivre. Ce dernier volume est sans nul doute le plus épique de la série, ce n’est pas pour autant le meilleur, les pérégrinations du héros ont tendance à s’éterniser, certaines péripéties semblant bien inutiles (on songe à la désertion de Ron, par exemple qui entraîne une centaine de pages d’une vacuité certaine). Pour le reste, la magie fonctionne et lorsque nos héros décident de prendre d’assaut la banque de Gringotts et de retourner à Poudlard, désormais sous la coupe de Rogue, le professeur honni, le récit retrouve son rythme et sa verve habituelle. La tension ira croissante jusqu’à un final en feu d’artifice qui ne déçoit pas les familiers de l’œuvre.

Quel bilan tirer d’une œuvre si commentée, si fêtée, si attendue ? On ne peut s’empêcher d’un brin de nostalgie en refermant la dernière page du roman, pour qui a dévoré les milliers de pages de la saga, c’est l’adieu à un univers enchanté, foisonnant, riche de mille petites inventions qui font sa truculence. Nostalgie aussi parce que le livre est placé sous le signe de la nostalgie, la mort de Dumbledore, à la fin de sixième tome a définitivement mis hors jeu l’utopie poudlardienne et nos héros sont désormais confrontés aux dures réalités du monde. Harry de plus en plus seul, parcourt un véritable cheminement initiatique qui le conduit à affronter la mort, sa mort, solitaire, riche de son seul univers intérieur. Tous ses soutiens (Sirius black, le parrain, Dumbledore le substitut paternel, Ron, l’ami indéfectible, l’elfe de maison, Dobby) sont morts ou ont montré leur limite, à l’exception notable d’Hermione dont il nous faudra reparler. Et c’est dans un désarroi total, doutant de tout, revenu du peu d’illusions qu’il entretenait qu’Harry affrontera Voldemort en une série de scènes hallucinées qui paradoxalement élident l’action pour faire place aux tourments intérieurs du héros. Et ce n’est pas le moindre mérite de l’auteur que d’avoir su reléguer au second plan les scènes d’action tant attendues pour mettre en avant ce qui fait l’attrait principal du roman, l’émergence d’une conscience adulte qui se libère des amertumes d’une enfance déshéritée. On peut prédire de beaux jours aux psychanalystes qui voudront s’attaquer à l’œuvre, tout y est, de l’Œdipe mal surmonté aux fantasmes de l’enfant trouvé, mais ceci est une autre histoire… Déjà commencée d’ailleurs, l’ouvrage d’isabelle Smadja, publié au PUF, après la sortie du tome 4, l’a initié et il semblerait que la philosophe s’apprête à réitérer.

Ce n’est un secret pour personne qu’Harry survit, je me permets donc de l’évoquer parce que cette survie était indispensable. Elle donne son sens à l’aventure, elle assimile le héros à ces mille héros de contes victorieux que sont les petits Poucets et autres héros chétifs qui ont su faire leur place dans un univers où le mal semblait si démesuré qu’il ne pouvait que les anéantir.

Et c’est, à mon avis, ce qui fait l’intérêt principal de cette série et, je crois aussi ce qui explique son succès. Harry Potter c’est l’histoire d’une conscience confrontée au mal avec un grand M. Rowling a su, dans notre époque si politiquement correcte nous rappeler une chose essentielle, c’est que le mal, avant tout, gît au fond de nous-même. Depuis le début de la saga, Harry entretient avec le seigneur des ténèbres un lien privilégié – nous saurons d’ailleurs les raisons de ce lien à la fin du roman - : comme lui, il parle le langage des serpents, ils ont la même baguette magique et Harry maintient avec le sorcier un rapport télépathique étrange, il peut voir par ses yeux, ressentir sa colère ou sa haine… D’une certaine manière, il est Voldemort, incarnation de l’ombre, le mal qui réside en tout homme et c’est parce qu’il saura ne pas s’identifier à lui, après l’avoir reconnu, qu’il pourra survivre. Rowling, illustre là l’une des grandes lois du psychisme humain que le psychanalyste suisse C.G. Jung a mis en lumière dans son œuvre. Devenir un être humain accompli, c’est reconnaître, par le biais d’une exploration de l’inconscient le mal qui réside en soi et faire le choix conscient de le rejeter. Harry n’est pas un de ces béni oui oui de la morale qui acquiescent à tous les « il faut… » ou « c’est pas bien… ». Il est un être qui du fond de son âme expérimente la nécessité de l’acte juste. En ce sens, il est exemplaire.

Je reviens, pour terminer sur Hermione ; la seule alliée indéfectible, la seule aussi qui atteigne un véritable héroïsme digne de son homologue masculin. Hermione est sans-doute aussi l’une des clés du succès de la série. Elle permet aux jeunes lectrices de trouver un support d’identification positif. Issue du monde des moldus (les non sorciers) elle conquiert une place dans leur univers, à force de travail. Au fur et à mesure des épisodes, le personnage s’est densifié. Non contente d’être un simple adjuvant, elle a pris une place de plus en plus importante dans l’action, jusqu’à devenir, mieux que Ron, la seule dont la fidélité au héros ne se démente jamais. Mieux même, elle a souvent sur lui un temps d’avance, qu’il s’agisse de résoudre d’épineux problèmes de sorcellerie ou de considérer l’univers des sorciers dont elle perçoit immédiatement les injustices. Elle est la première à s’indigner des iniquités dont souffrent les Elfes, elle parvient d’ailleurs à transmettre à Harry cette capacité. Et ce rapport aux Elfes, loin d’être anecdotique dans ce dernier volume constitue un véritable critère d’humanité. Lorsque Harry enterrera de ses propres mains Dobby l’Elfe de maison, on peut considérer qu’il a rejoint Hermione dans cette maturité morale dont elle a toujours fait preuve. L’acte est d’ailleurs souligné puisqu’il permet au héros d’obtenir l’appui d’une autre créature magique le gobelin Gripsec. Hermione apprend aussi à Harry à conquérir le cœur de Kreattur (autre Elfe de maison) dont l’ancien maître Sirius était mort de n’avoir pas su accéder à la reconnaissance de l’Elfe en tant qu’être doté de conscience et donc de respect. Hermione incarne donc toute une série de valeurs positives, elle est celle qui lutte pour le savoir et contre la superstition, elle est celle qui mieux que tous les autres sorciers incarne la compréhension d’autrui et l’empathie, elle est celle qui jusqu’au bout et au mépris de ses intérêts accompagne le héros dans une quête désespérée du sens. Hermione est l’autre héroïne d’Harry Potter.

Un dernier mot, contrairement à bien des séries, je ne vois que les Royaumes du Nord de Pullmann pour présenter la même qualité, l’univers d’Harry Potter n’est pas manichéen, rien n’est véritablement ou tout bien, ou tout mal (on exceptera les figures de Voldemort et de Beatrix Lestrange qui sont finalement plus des allégories que des personnages). La figure la plus admirable (Dumbledore) a aussi sa part d’ombre, la figure la plus noire peut s’avérer d’une admirable fidélité. Le monde d’Harry Potter, en ce sens, est à l’image de la vie et ce dernier roman particulièrement.

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