WILSON (Charles) - Le Vaisseau des Voyageurs

mercredi 21 janvier 2009 , par slabbe

Le Vaisseau des Voyageurs : un roman imparfait mais attachant

Le Vaisseau des voyageurs, n’est sans doute pas le meilleur des romans de Charles Wilson, mais l’idée de base vaut le détour. Un énorme vaisseau spatial stationne en orbite autour de la terre, voilà un an qu’il est là et les hommes ont appris à faire avec.

Un sentiment de peur diffuse envahit les protagonistes de l’histoire, faut-il encore faire des projets, des enfants ? Les premières pages du livre sont les meilleures, Wilson exploite astucieusement cette situation inédite en explorant la conscience de personnages ordinaires. Le héros, médecin de son état, Matt Wheeler, découvre qu’un nano-virus a infecté la population mondiale, l’angoisse monte d’un cran. Et puis vient le grand soir, le « soir du grand rêve » : une question est alors posée à tous les humains : « désirez-vous l’immortalité ? » Il n’en sera qu’un sur dix-mille pour dire non.

Matt Wheeler sera de ceux-là. C’est au destin de ces hommes et femmes singuliers qui ont refusé l’éternité que Wilson s’attache ensuite. Le roman prend alors une tournure assez classique : résistance d’un groupe de rescapés confrontés à une succession d’épreuves ; on a, vers la fin, l’impression de se retrouver dans un bon vieux film catastrophe hollywoodien…

A noter l’étrange résonance que fait ce roman à un essai de CG Jung qui, dans les années soixante, s’était attaqué au phénomène des OVNI (Un mythe moderne, Folio). Pour faire court, il en arrivait à la conclusion que les soucoupes volantes étaient une manifestation de l’inconscient, de l’archétype du soi (Dieu dans les religions monothéistes ou la totalité dans les pensées orientales). On pourrait jurer que Charles a été un lecteur attentif du grand Carl : la dimension mystique du livre est manifeste et pourtant on ne peut s’empêcher d’approuver le bon docteur Wheeler d’avoir refusé cette éternité lénifiante.

C’est finalement tout le tragique de l’humaine condition qu’incarnent le héros et sa jolie Beth (la jeune fille en danger qu’il faut sauver malgré - ou à cause de - son manque de maturité). Les plus futés comprendront qu’avec cette histoire d’amour, Wilson nous fait un remake d’Adam et Eve, la boucle mystique étant ainsi bouclée.

Roman ambitieux ? Roman raté ? On n’arrive pas trop à se décider, roman attachant, en tous cas, à cause du début ou de passages inspirés comme celui ci :

« Il avait fallu des années à Matt pour apprendre à vivre dans un monde où tout ce qu’il aimait risquait de disparaître. Et encore n’avait-il jamais pu supporter cette idée. Toutefois, il avait appris à s’y résigner. Il avait en quelque sorte passé un contrat avec elle. On ne lésine pas sur l’amour, même si ceux que l’on aime vieillissent ou s’éloignent. On sauve une vie quand on le peut, même si tout le monde est destiné à mourir. On ne gagne rien à se restreindre. Vivre au jour le jour est l’unique récompense. Mais le prix, songea Matt. Mon Dieu, le prix. Le chagrin. La douleur. La souffrance infligée par la maladie. Ou la souffrance qu’on s’inflige à soi-même. La mort qui tombe en pluie du ventre des bombardiers ; la mort qui s’abrite sous l’uniforme des jeunes militaires. La mort qui se tapit dans les ruelles sombres, au bout d’un couteau, ou sous des électrodes dans les sous-sols des locaux gouvernementaux. La souffrance dispensée par les salauds convaincus, par les salauds occasionnels, ou par les cerveaux vides ambulant, comme le colonel Tyler » (Tyler est le méchant du livre). On trouvera d’autres idées brillantes dans le roman, des scènes magistrales, celle qui oppose Tyler à un président des Etats-Unis illuminé par sa récente conversion vaut son pesant de cacahuètes. Un roman qui vaut le détour donc.

S. Labbe

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