PULLMANN (Philip) - Les Royaumes du Nord (I)

Les Royaumes du nord (I), A la croisée des mondes de P. Pullmann

mercredi 21 janvier 2009 , par slabbe

Voilà sans doute l’un des meilleurs romans, toutes catégories confondues, écrit ces dix dernières années… La perplexité des éditions Gallimard qui publient la série (il y a trois tomes) en littérature jeunesse avant de la passer en folio SF puis en Folio blanche signale, à elle seule l’incongruité d’une œuvre qui aura du mal à trouver sa place dans les rayons des bibliothèques.

Tout commence à Oxford, un Oxford universitaire soit, mais que nous avons du mal à reconnaître. Les habitants y déambulent accompagnés d’un daemon, la manifestation visible de leur âme en quelque sorte, qui prend la forme d’un animal. Chez les enfants le daemon a la capacité de, sans cesse, se métamorphoser. Au Jordan College où elle est élevée, l’héroïne, Lyra sauve in extremis son oncle, lord Asriel, d’un complot qui visait à l’empoisonner. Lord Asriel est venu révéler qu’il avait entraperçu dans les aurores boréales du grand Nord un autre monde qu’il a l’intention d’explorer. Ses découvertes font frémir le conseil général d’oblation, main armé d’une église toute puissante, qui craint les retombées idéologiques d’une telle aventure. Mais rien ne semble arrêter Asriel, la figure prométhéenne du roman - il semble d’ailleurs que Pullmann se soit inspiré du Paradis perdu (Lost paradise) et qu’Asriel, soit dans le roman, l’incarnation moderne du Lucifer (le porteur de lumière) de Milton.

Il y a chez Pullmann une réjouissante satire de l’église qui a fait mouche puisque - je m’autorise une petite anecdote personnelle - alors qu’il y a un an je me faisais une fête d’emmener mes petits sixièmes à une projection du film, adapté du roman ; une parente d’élève bien pensante, bien intentionnée, et bien placée a jugé bon de téléphoner à mon directeur pour empêcher mes plans et sauvegarder l’âme de mes élèves qui se sont vu offrir en lieu et place une stupide histoire de renard dont ils sont sortis dépités. Bref, rien ne change dans le monde étriqué et dogmatique des bien-pensants, si quelque chose a changé : il n’ont plus le pouvoir - merci Voltaire. J’ai l’impression de divaguer moi dans cet article !

Donc voilà lord Asriel parti, Lyra se retrouve seule au Jordan college alors que des disparitions d’enfants sont signalé dans Oxford et ses alentours. Son vieil ami Roger est victime à son tour des ravisseurs. Pour Lyra nul doute, il faut sauver Roger. Un bruit court : les victimes seraient envoyées à Bolvangar, une base mystérieuse non loin du pôle. Lyra s’embarque avec John Faa et sa troupe de Gitans à l’assaut des Royaumes du Nord, elle croisera en route les sorcières de participera à la rédemption d’un ours guerrier déchu, avant d’apprendre la terrible vérité sur les enfants perdus de Bolvangar.

L’écriture de Pullman est somptueuse, efficace et dramatique à souhait dans les scènes d’aventures - il est aussi l’auteur d’une série qui pastiche avec jubilation les bons vieux romans victoriens, Sally Lockhart - poétique, lorsqu’il s’agit d’évoquer ces mondes étranges issus des confins de son imaginaire, lyrique parfois même, l’un des meilleurs moments du livre est cette conversation qui confronte Lyra à Serafina Pekkala, reine des sorcières ; à mi-chemin entre la terre et les étoiles, dans la cabine d’une montgolfière, elles évoquent le monde, la vie des sorcières qui vivent des centaines d’années : « Les hommes passent devant nos yeux comme des papillons, des créatures qui ne vivent qu’une courte saison. Nous les aimons ; ils sont courageux, fiers, beaux, intelligents. Hélas, ils meurent presque tout de suite. Ils meurent si rapidement que nos cœurs souffrent en permanence. »

Le livre est intelligent, c’est une somme, littéraire philosophique et scientifique tout y est : Milton, Kleist, Boulgakov, l’inconscient jungien, l’eschatologie chrétienne, les mythes nordiques, la théorie des quanta, etc. Et cela demeure malgré tout un magnifique roman que peuvent lire aussi bien des sixièmes que des terminales, les amateurs de SF, fantasy et autres mauvais genres aussi bien que les amateurs de littérature.

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