McCarthy (Cormac) - La route

lundi 18 mai 2009 , par Philippe Gestin

Ceux qui persistent à cataloguer la science-fiction comme un sous-genre littéraire doivent singulièrement être en perte de repères. Voilà en effet que trois des plus grands écrivains américains vivants se sont délibérément ancrés dans une veine fantastique, preuve que la littérature se moque des frontières.

C’était d’abord Philip Roth qui, dans Le complot contre l’Amérique, inventait une uchronie – l’antisémite Charles Lindbergh devient président des Etats-Unis - pour mieux sonder son sujet de toujours, l’âme de la famille juive américaine. Le résultat est remarquable. On n’en dira pas autant du dernier opus de Paul Auster, Seul dans la nuit, un récit d’anticipation prometteur au départ mais que l’auteur laisse curieusement en plan à mi-parcours pour offrir, à l’arrivée, l’un de ces plus médiocres écrits.

Avec La route, Cormarc McCarthy assume l’option fantastique jusqu’au bout. C’est un vrai récit post-apocalyptique qu’il nous offre ici. Suite à un cataclysme, le soleil ne brille plus sur une planète couverte de cendres. Parmi les rares survivants, un père et son fils fuient vers le sud pour échapper à un terrible hiver, avec pour seul viatique un chariot de supermarché (symbole d’une civilisation anéantie ?). Leur errance est marquée par la fatigue, le froid, la faim. Cette famine qui tenaille les dernières ombres humaines d’un univers définitivement stérile et mort. Le pillage des villes et maisons abandonnées est une nécessité semée de dangers. Car l’homme est devenu une proie pour l’homme. Faite de courts paragraphes, l’écriture de McCarthy est plus ramassée que d’ordinaire mais tout aussi lyrique et puissamment évocatrice. Au fil de cette longue marche, visions d’horreur et petites lueurs d’espoir s’entrechoquent. C’est évidemment l’intériorité des personnages qui intéressent l’auteur. Cette histoire est d’abord une superbe histoire d’amour d’un père pour son fils. Un livre magnifique,de SF donc, couronné, mais oui, par le prix Pulitzer.

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