Geha (Thomas) - Le Sabre de sang

Histoire de Tiric Sherna (éditions Critic, 2009)

dimanche 28 février 2010 , par Semeilh

En octobre 2009 naissaient les éditions rennaises Critic avec la parution du troisième roman de Thomas Geha, "Le Sabre de sang", tome 1. Il se distingue de ses précédents romans pour deux raisons : il s’agit d’une oeuvre de fantasy, non de science-fiction - et le style s’adapte à ce nouvel univers (cf. les chroniques sur "A comme alone" et "Alone contre alone"). En attendant de découvrir la fin de la saga dans le tome 2 qui paraîtra à l’automne 2010, prenons le chemin des royaumes shao et qivhvien, en compagnie de Tiric Sherna !

Au huitième siècle d’une ère de légende, une race de gros reptiles anthropoïdes, « les Qivhviens », convoite de son impérialisme belliqueux les terres et les royaumes des hommes. Les prisonniers deviennent des marchandises tout juste bonnes pour le marché aux esclaves de Ferza, la capitale du royaume qivhvien.

Le récit à la première personne adopte le point de vue d’un homme, Tiric Sherna, sorte de chevalier du clan shao qui, lors d’une défaite, se retrouve captif entre les mains de ces dangereuses créatures qivhviennes dont la classe dirigeante est exclusivement femelle. C’est là qu’il croise pour la première fois un guerrier de son clan, prisonnier comme lui, Kardelj (qui sera le héros du tome 2).

Acquis à bon prix par une noble Qivhvienne, Tiric est destiné aux arènes où se déroulent des combats sanglants, sans gants et sans merci, et qui sont aussi le théâtre d’intrigues politiques. Un « arénier » - équivalent d’un gladiateur - représente suffisamment sa "maîtresse" qivhvienne pour influencer par sa victoire la carrière de cette dernière ou, au contraire, lui faire perdre son rang s’il est vaincu. Tiric sort vainqueur de tant de combats qu’il acquiert peu à peu la confiance et l’estime de sa propriétaire, une fieffée ambitieuse, qui occupe le second rang après la Reine et ne rêve que d’occuper à son tour le trône. Tiric, lui, ne rêve que de s’enfuir et de combattre pour la liberté des siens.

Un jour, quand Tiric et Kardelj se retrouvent adversaires dans l’arène, leur refus catégorique de se battre provoque la colère de la Reine ; après une tentative de négociation, c’est une dizaine de guerriers dont trois juchés sur de hautes araignées aux pattes cuirassées que les deux amis affrontent - et dont ils triomphent. Cette victoire imprévue fragilise la Reine, qui ordonne de les mettre aux arrêts. Dans leur cellule, ils rencontrent Apêo, un vieillard peu causant à l’étrange main palpitante, autrefois forgeron.

La maîtresse qivhvienne de Tiric leur offre enfin l’espoir d’une libération en organisant l’assassinat de la Reine, très affaiblie physiquement, par les deux vaillants Shaos. Ils parviennent à s’échapper de Ferza, la cité qivhvienne, en compagnie d’Apêo et de Kahrzoa, une jeune Qivhvienne archiviste qui les avait guidé à l’heure du meurtre dans les couloirs du palais. Celle-ci, témoin et complice du crime, échappe ainsi à la mort.

Le second volet du roman suit le voyage périlleux des quatre compagnons en quête de liberté à travers de vastes territoires d’une nature hostile, de cité en cité. Le danger diminue néanmoins à mesure qu’ils s’éloignent du coeur de l’empire des reptiles ; Kardelj et Kahrzoa se rapprochent. Dans une caravane de voyageurs, une « soltone » - femelle qivhvienne dont la portée, qui n’a pas vu le jour, vit dans son ventre, lui conférant un pouvoir divinatoire - une soltone, donc, accuse Tiric de faire courir au monde un très grand danger !

Dans un accès de folie, Apêo avait autrefois forgé en secret un sabre de fer mêlé au sang d’une espèce animale ailée que l’on croyait éteinte, les Rimaols. Il s’en était débarrassé mais voilà que, de retour à sa forge après des décennies, Apêo se met à la recherche de l’arme très puissante, qu’il croit maudite ! Tiric le suit...

L’« interlude » qui sépare les deux parties de l’épopée de Tiric Sherna constitue une analepse - ou "flash-back" : en quelques pages, un épisode de la vie du vieil Apêo nous est dévoilé, à l’instant crucial où il forge le sabre de fer et de sang mêlés, cinquante ans auparavant. La fin du roman nous en dévoilera davantage, bien sûr.

Ce récit d’aventures se dévore sans difficulté : le paratexte propose d’ailleurs un petit lexique de termes shaos et qivhviens tout à fait plaisants, qui rend la lecture plus fluide. La géographie pittoresque des territoires urbains et des espaces naturels, la variété des espèces vivantes et des lieux traversés, l’alternance souple entre les moments de combat décrits avec précision et la tranquillité de certaines scènes plus intimistes, procurent un vrai plaisir de lecture.

Les références implicites à d’anciennes civilisations européennes et asiatiques, comme les marchés d’esclaves, les combats de gladiateurs, l’organisation des cités traversées, leur architecture et certaines valeurs chevaleresques, donnent à ce récit d’un autre monde un visage plus familier. L’auteur, non sans humour, ne s’est pas privé de quelques clins d’oeil et allusions complices : alors que des roseaux fouettent ses mollets, le narrateur Tiric se souvient ainsi avec nostalgie d’une danse du pays shao, avec des sabots de bois et sur plancher, qui n’est pas sans rappeler nos festoù-noz, nos "fêtes de nuit" bretonnes !

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