GEHA (Thomas) - A comme alone

collection "Rivière blanche", 2005

mercredi 31 mars 2010 , par Semeilh

Ce premier roman post-apocalytique rend un hommage appuyé à "L’Autoroute sauvage" (1976) de Gilles Thomas (alias Julia Verlanger), qui constitue l’un des livres cultes de Xavier Dollo, alias Thomas Geha - le choix de ce pseudonyme lui-même en témoigne. Le tome 2, "Alone contre alone", est paru en 2008.

Extrait du prologue

“Cet endroit, vraiment bien dissimulé et à l’écart, j’avais mis du temps à le choisir. Nous allions y rester un certain temps. Le gosse, ça faisait plusieurs mois que j’avais entrepris de le former, de l’accoutumer à la survie.”

Arpentons les routes d’une France ravagée par de destructeurs nanorobots ménagers en compagnie de Pépé (pour Peter-Perceval), recueilli très jeune par Grise, une femme dont la caractéristique principale était de vivre seule, nomade, ne comptant que sur elle-même pour survivre, loin des groupes souvent dangereux des êtres humains rassemblés (« Les Rasses ») : cette Alone transmit son savoir-survivre à Pépé qui, devenu adulte, est prêt à tout pour la retrouver.

Avec une vivacité qui fait la part belle aux expressions familières des personnages et à un humour acerbe, l’auteur nous invite à suivre Pépé (le narrateur), Gaby, un vieux solitaire, et Flo, une jeune femme qui s’est jointe à eux après une rixe qui fit périr les siens. Les trois Alones constituent une équipée vaillante et solidaire qui suit les grands axes pour la visibilité du terrain et surtout évite les villes, toutes contaminées et extrêmement dangereuses.

Aucune ville donc, à part Rennes : pour une raison d’abord mystérieuse, Gaby veut absolument s’y rendre... et il y entraîne ses deux compagnons, munis de masques bien entendu ! Les créatures urbaines mutantes à mi-chemin entre la machine et l’organisme vivant (par exemple, les « voitortues », mot-valise forgé par Pépé) valent vraiment le coup d’oeil mais... glacent le sang. Mieux vaut donc ne pas nous y attarder, même si le visage familier de la ville de Rennes nous retient, avec son métro, ses rues, ses places et... ses librairies, encore reconnaissables. On y commencerait bien une nouvelle partie d’échecs sur une place Hoche mutante aux allures d’échiquier, mais Pépé et ses compagnons de route ont d’autres parties à mener, ailleurs.

À l’opposé des Alones, dans cette humanité dévastée, se trouve les groupes, le plus souvent aux mains d’un chef unique : parmi eux, des « Rasses » (rassemblés), des « Fanars » (fanatiques religieux) et des groupes militaires. La cruauté de certains de ces gangs, leur esprit belliqueux, leur cannibalisme et l’instinct grégaire qui les abrutit incitent les Alones à les éviter coûte que coûte.

Ajoutez à cela un style d’écriture très en adéquation avec le thème du roman : dans ce monde très sombre et sans repère, où vivre n’est pas gagné d’avance, où les vestiges de la civilisation sont des menaces - voyez les villes - c’est la nature qui permet la survie, refuge pour se cacher et s’alimenter. Les dialogues adoptent ainsi le langage familier et souvent cru des personnages à l’affût d’un danger potentiel, sur le qui-vive de l’instant. Le récit de Pépé également, mais la poésie affleure toujours - car Pépé vit au rythme de la lumière solaire et est très attentif au ciel, aux paysages et aux contours de Dame Nature. La présence de l’auteur est bien sûr sous-jacente et filtre imperceptiblement sous la voix du personnage, à travers nombre de références, notamment littéraires - pastiches ou allusions, et une bonne dose d’humour !

Extrait

“Je suivais l’ancienne Route Nationale 12, en direction de Rennes. J’étais au niveau de Guingamp. Restait plus grand chose de la belle déroulante d’asphalte d’autrefois. La végétation reprenait ses droits, petit à petit, et dans quelques années la protection qu’offrait la route n’existerait plus. Bien dommage, c’est utile une route. Surtout quand on a une carte, parce que, point de vue panneaux, pas de bol Popol, c’est souvent rouillé et illisible depuis belle lurette. La route, c’est utile aussi pour éviter les mauvaises surprises des Rassemblés. La plaie de ce monde, les Rasses, toujours dirigés de main de maître par un petit dictateur en puissance. Et ces mecs n’aiment pas trop les Alones. S’ils peuvent bouffer notre viande, ça leur réchauffe le coeur - et, accessoirement, ça leur remplit l’estomac l’hiver.”

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