Wilson (Robert Charles) -A travers temps

lundi 4 octobre 2010 , par Philippe Gestin

Chic, encore un voyage dans le temps ! Et en plus, c’est le grand Robert Charles Wilson qui s’y colle. Enfin, s’y est collé puisque cet A travers temps a été écrit en 1991 et bénéficie, grâce à Denoël, de sa première traduction française. Depuis la découverte, il y a un paquet d’années, de Mystérium, Wilson figure sur les sommets de mon panthéon personnel, cumulant les réussites... jusqu’au décevant Axis, une exception dans une production sans faille. La présente édition ne viendra pas corrompre ce quasi sans-faute, c’est un vrai petit bijou. On sait depuis Spin que Wilson sait manipuler le temps d’une façon prodigieuse. Ici, la trame est plus classique, plus ancré dans le quotidien. En 1989, Tom Winter, après une rupture douloureuse et la perte de son boulot, revient dans son bled natal. Il s’installe dans une maison isolée dans les bois où se produisent des événements étranges. Ça démarre comme une histoire de fantômes pour mieux s’enclencher vers les paradoxes temporels, avec allées et venues dans notre XXe siècle, révélations, course-poursuites mais aussi moments apaisés où l’auteur laisse à ses personnages le temps de vivre. L’histoire est parfaitement bâtie et séduit déjà comme telle. Mais ce qui intéresse vraiment Wilson, c’est, comme dans Les Chronolithes, Blind Lake ou Spin, de confronter des personnes ordinaires à des événements hors du commun, d’observer avec bienveillance le comportement humain. Voilà pourquoi cette attention portée à la psychologie des personnages, à la description de scènes quotidiennes, aux dialogues qui sonnent juste quelle que soit la situation. Pour mesurer son talent de l’écrivain, lisez simplement ce chapitre où une jeune new-yorkaise des Sixties rencontre pour la première fois un voyageur temporel novice, une scène tout en nuance ironique et mélancolique. Le reste est à l’avenant.

PS : L’éditeur signale gentiment que le livre est un hommage au Carrefour des étoiles de Simak. Comme je ne l’ai pas lu, je ne ferai pas le malin avec ça.

 
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