Isaac Asimov - Le grand livre des robots

mercredi 7 décembre 2011 , par David Soulayrol

Le grand livre des robots est un très lourd pavé qui non content de regrouper un maximum de romans et nouvelles d’Isaac Asimov sur le sujet introduit également l’Empire galactique, faisant ainsi le lien avec l’autre grand cycle d’Asimov ; Fondation. Comment en parler sans paraphraser Jacques Goimard qui introduit à la fois le premier et le second volume ? Peut-être par un résumé factuel de l’ouvrage et quelques impressions subjectives.

J’ai parlé de volumes ? Rien ne vous échappe. Alors oui, pardon, il ne s’agit pas d’un très lourd pavé, mais de deux.

Prélude à Trantor, le premier volume, est celui qui contentera le mieux ceux qui recherchent uniquement des histoires de robots, depuis les puristes pour qui l’œuvre d’Asimov à ce sujet tient dans une poignée seulement de nouvelles canoniques jusqu’aux lecteurs collectionneurs et désireux de faire le tour de la question. Il comprend en effet le recueil de nouvelles dédiées aux robots par Asimov le plus complet ainsi que les deux premiers romans mettant en scène Elijah Baley et R. Daneel Olivaw.

Nous les robots

Traduction de The Complete Robot (1982), Nous les robots est intelligemment affublé en français d’un titre en clin d’œil afin de laisser ouverte la porte à de futurs apports. De fait, cette traduction ajoute au recueil original les nouvelles Noël sans Rodney (Christmas Without Rodney, 1988) et Le robot qui rêvait (Robots Dream, 1986). En outre, l’ouvrage propose en annexe la préface et les textes de liaison du premier recueil accordé par Asimov en 1950 (I, Robot), la préface du Livre des robots (The Rest of the Robots, 1963), et les notices des recueils Jusqu’à la quatrième génération (Nightfall, 1969) et L’homme bicentenaire (The Bicentennial Man, 1976). Ajoutez à cela un index général pour faire bonne mesure, et vous pouvez estimer en avoir pour votre argent.

Les textes de liaison de I, Robot sont particulièrement intéressants car ils apportent une vision différente de l’ensemble des nouvelles. En effet le recueil I, Robot les présentait au travers d’une interview de Susan Calvin, fraîchement retraitée, et qui revient sur l’histoire de U.S. Robots. Au contraire, les nouvelles sont ici présentées par thème (robots métalliques, robots humanoïdes, etc.) ou par cycle (comme les histoires de Powell et Donovan), chaque section étant introduite pas Asimov. Mais celui-ci ne s’arrête pas à l’écriture de liaisons pour intégrer ces textes. Le cycle de Powell et Donovan est ainsi ici construit non seulement en réordonnant l’ordre des nouvelles, mais aussi en y ajoutant parfois un paragraphe introductif qui les fait s’enchaîner merveilleusement. Enfin, bien que groupées par thème, l’ordre des nouvelles rend également compte de la progression du développement des robots et des changements qui s’opèrent dans la société humaine, depuis les origines de U.S. Robots, jusqu’à l’histoire de l’homme bicentenaire, en passant par l’avènement des Machines.

Les cavernes d’acier et Face aux feux du soleil

Les deux premiers romans de la série des robots d’Asimov se déroulent quand à eux bien plus loin dans le futur, quand l’histoire de U.S. Robots longuement développée jusque là est tombée dans l’oubli. Une première vague d’exploration spatiale a provoqué la naissance des mondes spaciens, mais les terriens se sont ensuite repliés sur eux-mêmes. Et alors que les mondes spaciens se développent (apparemment) toujours davantage avec l’aide des robots positroniques, les terriens, complexés et vouant une haine totalement réciproque aux spaciens, se retranchent sous terre et continuent de craindre et d’interdire ces machines.

Prenez garde si vous n’avez pas lu ces romans qu’à partir d’ici chaque résumé de l’un d’eux dévoile probablement une partie de l’issue de ceux qui précèdent.

Dans Les cavernes d’acier (The Caves of Steel, 1954), l’inspecteur Elijah Baley doit découvrir qui a pu assassiner le docteur Sarton à Spacetown, une enclave spacienne sur Terre près de New York. Pour corser les choses, il va essayer de trouver la vérité avant le collègue qu’on lui affecte ; R. Daneel Olivaw, un robot unique conçu pour être le plus humanoïde possible.

Quelques mois plus tard, et sur le monde spacien Solaria, Face aux feux du soleil (The Naked Sun, 1957) propose une nouvelle énigme policière dans une société qui est l’antithèse de celle de la Terre. Elijah Baley s’y trouve confronté à de vastes espaces, difficilement supportables pour lui, et à une communauté entièrement assistée par les robots et pour laquelle le moindre contact humain est répugnant.

Les robots de l’aube et les robots et l’empire

Le second volume, La gloire de Trantor, s’ouvre sur les deux derniers romans du cycle des robots. Notons que la nouvelle Effet Miroir (Mirror Image, 1972) présente dans le précédent volume, se déroule durant cette articulation.

Dans Les robots de l’aube (The Robots of Dawn, 1983), Elijah Baley est une dernière fois appelé à la rescousse, cette fois-ci pour trouver le responsable d’un gel mental chez un robot. Or le coupable tout désigné est le docteur Han Falstoffe, lequel est la meilleure chance pour aider les Terriens à repartir à la conquête de l’espace.

Situé quelques deux cents ans plus tard, Les robots et l’empire (Robots and Empire, 1985) prend place alors que les Terriens ont effectivement commencé à conquérir la galaxie, et que les spaciens tendent eux à disparaître. Les robots Daneel Olivaw et Giskard Reventlov vont essayer de déjouer un possible complot visant à porter un coup fatal à cette expansion.

Ces deux romans, écrits tardivement par Asimov pour joindre ses grands cycles, s’inscrivent très bien dans la continuité des précédents. Le style a mûri, les digressions sont plus nombreuses (particulièrement par rapport aux romans de l’Empire galactique), mais Asimov écrit toujours d’une manière aussi simple et directe. Ses personnages ne sont jamais tout noir ou tout blanc et développent tous des argumentaires convaincants. Bien que le ton de l’issue des romans soit plutôt optimiste, la complexité des problèmes développés interdit tout dénouement totalement heureux.

Cycle de l’Empire galactique

Les robots disparaissant de l’œuvre d’Asimov lorsqu’il s’agit de Fondation (sauf réparation tardive d’Asimov avec Prélude à Fondation en particulier), les romans qui décrivent la croissance de l’Empire galactique sont l’élément principal qui joint ces deux cycles éloignés de quelques milliers d’années. Ils évoquent tous à la fois la Terre et l’état de l’Empire à différents degrés de leur évolution. Le recueil bouscule l’ordre de publication de ces romans pour les ordonner selon l’histoire de l’Empire mais n’est pas tout à fait heureux dans ses choix à mon sens (intervertir Les courants de l’espace et Poussières d’étoiles me semblant plus naturel).

Les courants de l’espace (The Currents of Space, 1952) préfigurent un peu le Dune de Franck Herbert. La planète Florina est la seule en mesure de produire le Kyrt, une fibre dont les qualités lui permettent d’être utilisées aussi bien dans les tissus haut de gamme que les produits industriels exigeants. Le peuple de Florina est asservi par celui de Sark, qui tire sa puissance du commerce du Kyrt. L’empire de Trantor n’attend qu’un incident pour annexer le système de Florina. Or ce système planétaire semble menacé, mais la personne qui tente de prévenir les autorités de Sark est foudroyée par une sonde psychique et abandonnée à l’état de légume dans les champs de Florina.

Au début de Poussières d’étoiles (The Stars, Like Dust, 1951, et préalablement éditée sous le titre de Tyrann), Biron Farill échappe de peu à l’explosion d’une bombe radioactive et apprend dans la foulée l’assassinat de son père, déclaré traître par les Tyranni, le peuple qui a conquis et gouverne le secteur de la galaxie d’où il est originaire. Se rendant sur Rhodia, où il espère trouver de l’assistance, il va chercher à reprendre le contrôle de sa vie qui semble lui échapper, et continuer les actions de son père.

Dans Cailloux dans le ciel (Pebble in the Sky, 1950) Schwartz, tout juste retraité, est inexplicablement transporté du vingtième siècle à une époque future dans laquelle la Terre est une planète fortement radioactive, isolée et méprisée du reste de l’empire galactique. La vie des Terriens est rigoureusement réglée par les Anciens, un gouvernement autocratique que l’Empire galactique laisse en place afin de conserver la paix sur la planète. L’apparition de Schwartz et la venue de l’archéologue Sirien Arvardan vont précipiter les plans de Balkis, le secrétaire des Anciens.

Chacun des romans du cycle de l’Empire galactique possède une trame narrative semblable et presque banale, articulée autour de l’irruption d’un héros (au sens littéraire) à un moment particulier concernant le théâtre où le drame se joue, et pris en même temps dans une romance plus ou moins passionnée et heureuse. Certains passages sont également particulièrement datés et se rapportent à cette époque pas si lointaine où l’atome commençait tout juste à être maîtrisé, et passait à la fois pour le salut et la Némésis de l’Humanité. Néanmoins le style simple d’Asimov est efficace et le charme opère. Tous comme dans les romans ultérieurs, il sait également faire vivre les différents protagonistes qui pensent comprendre ce qui se passe autour d’eux et font une relecture incomplète ou même totalement fausse du cours des événements, faisant ainsi du lecteur un complice du narrateur.

Des robots à l’Empire

Asimov aborde dans les romans sur l’Empire encore et toujours les thèmes que l’on trouve dans les histoires de robots et qui justifient entièrement leur présence dans ce recueil. Ainsi, la Terre est tantôt évoquée comme une planète très lointaine et presque morte voire rétrograde, ou relativement active mais empêtrée dans sa la radioactivité. Le problème des maladies craintes par les spaciens à une autre époque est ici transposé dans la crainte de la radioactivité par ceux qui visitent la Terre. Le racisme ou la condamnation des classes et de l’esclavage se situe dans la continuité de la crainte des terriens pour les robots et des haines réciproques entre terriens et spaciens. Et, bien que les robots positroniques ou humanoïdes aient disparu, le terme de robot est encore utilisé, de nombreux automates sont présents, et Cailloux dans le ciel fait encore une fois allusion à la décadence qui accompagne une trop grande assistance par les robots.

Bien entendu, la chronologie des publications étant ce qu’elle fût, et malgré le génie d’Asimov, on ne peut prétendre que toutes ces références sont voulues et se rapportent d’un roman à l’autre. Au contraire, la situation de la Terre est même particulièrement floue si l’on considère les différentes péripéties décrites sur l’ensemble des romans, Asimov ayant lui-même changé d’idées entre les années cinquante et ses derniers romans. C’est donc en grande partie la présentation faîte par le recueil qui souligne ces différents liens, et c’est là sa raison d’être, sa force et sa qualité.

- Isaac Asimov, Le grand livre des robots I. Prélude à Trantor

  • Editeur : Omnibus (Décembre 1990)
  • ISBN : 978-2-258-03291-0

- Isaac Asimov, Le grand livre des robots 2. La gloire de Trantor

  • Editeur : Omnibus (Septembre 1991)
  • ISBN : 978-2-258-03290-3

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