Les Annales du Disque-Monde

Un univers de Terry Pratchett

mercredi 8 août 2012 , par David Soulayrol

Je ne suis pas particulièrement fanatique des séries. Certes, j’ai pu trouver dans ma jeunesse et comme tout un chacun une joie intense à toujours retrouver les mêmes héros, et cependant à bien y réfléchir jamais je n’ai lu ce qui s’apparente réellement à une longue série comme il en existe tant aujourd’hui, dans le genre fantasy en particulier. En grandissant, d’ailleurs, j’ai appris à goûter les histoires qui forment un tout. Qu’elles soient ouvertes ou fermées, longues ou très courtes. J’affectionne d’ailleurs particulièrement les nouvelles.

Mais comme j’aime à le souligner souvent, toute règle souffre au moins une exception. Aussi je dois confesser qu’il existe une série particulièrement volumineuse dont je m’abreuve depuis de longues années. Mais je m’aperçois que vous aurez tout naturellement lu le titre de cet article avant de commencer, et donc que mon introduction confine au simple déballage égotique, ou au mieux à l’inutile.

Donc, comme je viens brillamment de le démontrer, les Annales du Disque-Monde sont une série qui sort du lot et qui mérite d’être lue. Terry Pratchett y narre les aventures de héros, de dieux ou de personnes tout à fait banales, si l’ont redéfinit correctement ce terme, qui vivent sur un monde plat, installé sur le dos de quatre éléphants, eux-même juchés sur une tortue géante. Et par là même, il parle un peu de nous, car il est bien connu que le monde est ainsi.

Les Annales comportent aujourd’hui plus de trente romans, mais se déclinent également en romans illustrés, traités scientifiques, bandes dessinées, nouvelles, jeux vidéos et téléfilms. Pour simplifier le propos, nous nous concentrerons principalement sur les romans. Ce qui ne manquera déjà pas de rebuter le lecteur potentiellement intéressé, qui se demandera peut-être par où entreprendre la lecture de cette somme, et comment distinguer ce qui constitue vraiment la substantifique moelle de l’œuvre, et ce qui peut être laissé de côté. Qu’il me soit permis d’insérer subrepticement ici mon avis : il faut tout lire.

Pour ceux d’entre vous qui n’auraient pas trouvé lumineux mon avis éclairé, et par là-même justifient à eux seuls la suite de cet article, précisons que ce qui mérite d’être lu pour vous dépend avant tout de vos goûts en matière de littérature. Car tout d’abord, les Annales peuvent être subdivisées en séries distinctes. Il y a les ouvrages relatifs à Rincevent, le mage calamiteux, ceux consacrés aux sorcières et en premier chef à Mémé Ciredutemps, ceux dédiés à la Mort, ceux narrant les aventures du guet de la cité d’Ankh-Morpork, et ainsi de suite. Ces différents chemins de lecture sont admirablement restitués ici, en plusieurs les langues. (Notez au passage que le L-Space est une mine de renseignements pour qui s’intéresse de près aux annales ou à son auteur.) Un classement similaire et souvent moins complet peut-être trouvé en de nombreux endroits sur la toile, comme ici.

Mais pour rendre les choses un petit peu plus complexe, chacun des livres des Annales traite d’un sujet de société, culturel ou historique différent, avec une lourde dose de satire, d’ironie ou d’amertume ; le cinéma (Les zinzins d’Olive-Oued), Noël et les contes pour enfants (Le Père Porcher), la guerre (Va-t-en guerre), mais aussi l’opéra, le tourisme, la politique, l’Australie, le journalisme, la politique, le rock, la politique, etc. Ainsi, chaque volume développe sur le Disque-Monde des personnages ou des objets qui ne relèvent pas forcément du même type de littérature ; des dragons, des vampires, des ordinateurs (certes primitifs), des (méchants) elfes, des dieux, des sorcières, des revenants, un alter-ego de Léonard de Vinci, des occidentaux, des arabes (pardon des Klatchiens)...

Considérant ces deux caractéristiques, et le fait que certains volumes sont certes plus dynamiques que d’autres, de nombreux conseils existent pour qui cherche à lire les Annales. En général, ces conseils se basent sur les chemins de lecture précédemment détaillés, et discutent de la qualité relative de chacun d’entre eux. Selon un consensus assez bien établi, les romans relatant les aventures du Guet d’Ankh-Morpork sortent du lot et devraient être privilégiés. L’article de Wikipedia souligne également le fait que les histoires décrites dans les romans se développent selon leur date de publication, et que les différentes sous-séries se déroulent de manière concomitante. Ainsi, si les romans ne se suivent pas vraiment (à quelques exceptions près), ils font néanmoins souvent écho à des événements antérieurs ; les personnages se développent continuellement et leurs relations s’enrichissent en même temps. Il serait donc maladroit de lire une série en dépit de son sens chronologique, sauf éventuellement pour revenir à un très vieux volume que l’on avait mis de côté selon les conseils de certains. Mais pour finir d’embrouiller tout le monde, notez qu’il existe presque autant d’avis que de lecteurs.

À lire tous ces liens, nombreux parmi vous vont finir par se poser une deuxième question essentielle : doit-on lire les Annales dans la langue des Monthy Pythons ? N’ayant lu que les volumes sortis aux éditions de l’Atalante, formuler une réponse m’est difficile. Je me suis posé cette même question avant d’attaquer The Hitchhiker Guide to the Galaxy (je ne peux me résoudre à utiliser ici le titre français dévoyé par un éditeur de guide qui n’a rien de galactique), et j’ai choisi de lire cette trilogie en cinq volumes intégralement en anglais pour essayer d’en capter tout le piment. Cependant, c’est en cadeau que j’ai reçu le premier volume des Annales, et j’ai naturellement continué de collectionner les ouvrages dans la même édition, dont la qualité de la traduction est d’ailleurs reconnue. Étant régulièrement plié de rire, je n’ai pas à ce jour été pris de remord devant cette infidélité à l’œuvre originale.

Notez que je n’ai pas abordé les deux Vade-Mecum sortis à ce jour ainsi que l’Art du Disque-Monde qui, s’ils sont une source d’émerveillement pour l’aficionado des dessins de Josh Kirby et de Paul Kidby, ou encore de l’adepte des ouvrages encyclopédiques, n’apportera rien au nouveau venu. De même les ouvrages de la série La science du Disque-Monde, qui croisent habilement vulgarisation scientifique et loufoqueries de l’Université de l’Invisible, constituent encore un chemin narratif différent.

Pour terminer, si je les ai ignoré ici pour faire court, il ne faut pas mettre de côté les (longs) téléfilms qui ont été tiré des Annales, qui sont de bonne facture et très fidèles aux romans. Tellement fidèles qu’il reprennent assez scrupuleusement certains des volumes, sans aucun insert ou mixage entre plusieurs intrigues comme on peut l’observer assez souvent dans ce genre d’exercice. Là est peut-être leur principal défaut pour un néophyte qui ne peut ainsi se plonger dans les Annales que par un nombre très restreint de possibilités. À vous de juger si vous préférez découvrir cet univers par le biais de la lecture ou bien par son adaptation télévisuelle.

 
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