Transcription

Rencontre avec Laurent Genefort (2/6)

Avril 2012 à Lannion

mardi 3 septembre 2013 , par Association Pérégrine

Laurent Genefort

Olivier : On va parler d’une chose un petit peu différente ; maintenant on voit de plus en plus une version numérique des livres. Est-ce que vous êtes touché par ça, et qu’est-ce que vous en pensez ?

Laurent Genefort : Rentrons un peu dans la cuisine du monde de l’édition… Il y a une sorte de mouvement de panique : les éditeurs veulent tous y être sans y connaître grand-chose. (Je me rappelle quand le premier Kindle est sorti, un gros éditeur a envoyé une lettre à tous leurs auteurs leur enjoignant de céder tous leurs droits électroniques ad vitam æternam. C’en était ridicule.) C’est un peu comme des grenouilles autour d’une mare, avec un moustique au milieu. C’est vraiment un moustique, car pour le moment le marché du livre électronique ne représente rien. Même un best-seller qui se vend à cent mille exemplaires papier se vend à mille cinq cents en ebook. Effectivement, des tablettes se vendent à droite à gauche, des ereaders, mais les gens téléchargent des œuvres gratuites ou quasi ; ils veulent bien lire mais surtout pas payer les bouquins. Le taux de téléchargement de livres gratuits c’est 77% je crois. Éditeurs et fabricants mettent en avant des chiffres imposants, mais c’est du pipeau. Quand ils annoncent il y a tant de téléchargements, ce sont des téléchargements de bouquins gratuits en général, et quand ils ne sont pas gratuits ils relèvent d’opérations de promo.

Pour le moment, en tant qu’auteur, le livre électronique n’a pas d’impact. Ça va le devenir, mais jusqu’à présent tout le monde s’excite autour d’un truc qui n’existe pas vraiment. Les éditeurs pressentent seulement que les premiers placés seront les premiers servis. Par contre, vis-à-vis de nous les auteurs, cela pose plusieurs problèmes. L’économie du livre, pour un auteur, c’était : on présente un manuscrit à l’éditeur, l’éditeur nous donne un à-valoir garanti ; même si l’éditeur ne rentre pas dans ses frais, on n’a pas à rendre une partie de l’avance. Donc on vit de cette avance, on peut payer les factures avec. Et puis, dix ou quinze ans après, on a (éventuellement) une réédition : un autre éditeur ou le même éditeur va nous donner un petit quelque chose pour le remettre dans le circuit de vente. Voilà l’économie du livre ; ça ne rapporte pas beaucoup, mais régulièrement on peut espérer avoir un petit bonus. Même des auteurs qui ont des chiffres de vente modestes comme moi arrivent à en vivre. L’économie du livre électronique a des bases différentes. Il n’y a plus d’à-valoir, et la notion de durée d’exploitation n’a plus vraiment de sens. L’ebook n’est pas le même objet que le livre, le seul point commun c’est le texte à l’intérieur. Reste à définir quel va être le modèle économique pour les auteurs. Tout ce qui s’est décidé à l’heure actuelle ne l’a pas été par les auteurs. Ce sont les gros diffuseurs-distributeurs, Apple, Amazon, qui décident du prix du livre et donc finalement de la rétribution des auteurs. Pour eux, les auteurs doivent être des fournisseurs de contenu, j’imagine. On n’a pas le pouvoir là-dessus. Il y a un changement clairement historique. Comme d’habitude, l’auteur va suivre les propositions. Je noircis un peu le tableau bien sûr, car il y a de la résistance : le collectif le Droit du Serf par exemple, qui défend nos intérêts. Mais il s’agit de résistance.

Aux États-Unis dans les années 70, les trois quarts des auteurs ont disparu avec la concentration et le dumping subséquent, quand les petites librairies ont fermé au profit des drugstores, où l’on ne retrouvait plus sur leurs énormes linéaires que dix auteurs au lieu des cinq cents auparavant. Une littérature américaine a disparu corps et bien. Est-ce ce qui va se passer avec le livre électronique ? Je n’en sais rien, et je crois que personne n’en sait rien. Pour le moment c’est la jungle. D’ailleurs, n’importe qui peut éditer son ebook. Vous pouvez passer un deal avec Amazon ou avec Apple en quelques clics ; en France c’est gratuit en plus, il suffit d’ouvrir un compte. Profitez-en, ça ne durera peut-être pas…

Thorsten : Comment sont vos relations avec les éditeurs ? Est-ce qu’il est facile d’être édité pour vous ou a-t-il fallu faire des compromis ?

Laurent Genefort : Non, il n’y a pas de compromis. Le fait de ne pas être très intéressant financièrement — je ne suis pas Lévy ou Russo — fait qu’un éditeur qui me publie en a réellement envie. Donc il n’y a pas de compromis à faire, c’est une relation de confiance et de passion. On a tendance à diaboliser les éditeurs, les directeurs de collection qui sont en place sont des passionnés de SF. Après, il y a toujours eu des éditeurs escrocs, mais j’ai l’impression qu’il y en a moins maintenant, peut-être grâce à Internet.

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