MAC LEOD (Ian R.) - Les Iles du soleil

lundi 21 novembre 2005 , par slabbe

Quatrième de couverture : Sachez-le, la Grande-Bretagne a perdu la Premiére Guerre mondiale. La suite, on la devine : la dépression, le chômage, la honte, la révolte... et voilà l’ordre ancien renversé. Dans cette période trouble, un seul homme a pu sauver le pays du désastre : John Arthur, le héros de guerre aux origines modestes ; John Arthur, l’homme qui a fait de l’Angleterre sclérosée une puissance internationale : la Trés-Grande-Bretagne. Mais en 1940, alors que la terreur et les déportations font rage, un homme, Geoffroy Brook, professeur à Oxford, détient un terrible secret qui pourrait changer le cours de l’Histoire. Uchronie dans la lignée du Maître du Haut Château de Philip K. Dick, Les îles du Soleil, lauréat du World Fantasy Award dans sa version novella, dresse le portrait poignant d’un homme dans la tourmente de l’Histoire. Né en 1956 en Grande-Bretagne, Ian R. MacLeod est une figure de proue de la nouvelle génération d’auteurs britanniques. On lui doit quatre romans et de nombreuses nouvelles récompenses par les plus prestigieux prix littéraires.

Que voilà un étrange roman ! Publié d’abord sous la forme d’une "novella" (longue nouvelle) en Angleterre, il obtient immédiatement le World fantasy Award. De cette novella, l’auteur, Ian Mac Leod, suivant la méthode de "cannibalisation" chère à Chandler, extrapole le roman qui ne trouvera pas d’éditeur outre-Manche mais que Gallimard choisit de publier dans sa collection ? Folio SF ?. Le lecteur comprendra vite les raisons d’une telle frilosité dans les milieux éditoriaux anglais, le narrateur-héros, Geoffrey Brook, titulaire d’une chaire d’histoire à Oxford, vit parallèlement une homosexualité clandestine qu’il évoque fréquemment en termes crus et désillusionnés.

Si ce n’était le cadre mis en place par l’auteur, le roman ne présenterait qu’un lointain cousinage avec la SF. Mais Mac Léod se plait à imaginer un royaume britannique qui aurait perdu la première guerre mondiale ! La dépression qui s’est ensuivi à balayé l’éphèmère république que dirigeait le pourtant rusé Winston Churchill et a laissé place à un gouvernement fasciste emmené par la figure du populiste John Arthur. Le dictateur a permis à l’Angleterre de retrouver sa fierté nationale et reconduit une mainmise musclée sur son empire colonial.

Le roman débute un soir de 1940, Geoffrey Brook scrute dans les toilettes publiques un signe convenu qui lui permettrait de retrouver sa relation clandestine. Mais il va bien vite découvrir que son amant a disparu de même que disparaissent juifs, homosexuels et handicapés...

Le professeur Brook ne craint pas véritablement pour son propre compte, il a connu une période de notoriété en animant une émission radiophonique consacrée aux grandes figures de l’histoire, des plus populaires. Par ailleurs, la rumeur publique et la presse font de lui l’ancien professeur du dictateur, ce dont, pour sa part, il ne conserve aucun souvenir !

Les Îles du soleil, au large de l’écosse, c’est là que serait envoyés les déviants et ennemis du régime... Malgrés le cancer qui le ronge, le professeur Brook tentera le voyage et il acquiert peu à peu la conviction que l’histoire peut être changée.

A bien des égards, le roman est une réussite : le professeur Brook et l’auto-ironie dont il fait preuve, la peinture des milieux universitaires oxfordiens, l’inquiétante étrangeté qui ressort du paradoxe d’un totalitarisme anglais donnent au roman et surtout au héros une crédibilité certaine.

L’intrigue elle même réserve une surprise de taille mais on déplorera un dénouement ambigu et un manque de lisibilité dans l’orientation idéologique... Non qu’il y ait une quelconque apologie du fascisme mais le professeur Brook ébauche sur le rôle de l’homme dans l’histoire de séduisantes idées. Le genre même de l’uchronie invite à une médiation sur le sens de l’histoire, or ici rien de tel. Les idées du professeur Brooke tombent à plat et l’on sent bien que l’uchronie n’est qu’un prétexte à mettre en situation difficile un homosexuel raffiné dont la psychologie constitue le véritable intérêt du livre. On a donc un roman dont la littérarité affirmée nuit à une intrigue somme toute un peu pauvre. Reste, une fois le roman refermé, une ambiance et la possibilité donnée au lecteur de pousuivre la méditation sur l’histoire. L’Allemagne et la France de 1940 n’ont pas connu, de leur côté, la dictature, le problème s’est en quelque sorte déplacé sur l’Angleterre, est-ce à dire que l’Histoire réalise toujours de secrets desseins ? S.L.

      • Editeur : GALLIMARD (09/2005)
      • Collection : Fantastique n°222
      • Format : Poche - 416 pages
      • Illustration : Eric Scala
      • Traduction : Michelle CHARRIER
      • ISBN : 2-07-031369-7

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