Transcription

Rencontre avec Laurent Genefort (6/6)

Avril 2012 à Lannion

mercredi 4 septembre 2013 , par Association Pérégrine

Laurent Genefort

Olivier : Vos projets d’écriture, mis à part le volume quatre d’Omale ? C’est un seul roman en même temps ou il peut y en avoir plusieurs ?

Laurent Genefort : J’ai besoin de m’immerger dans un seul univers, je ne peux pas en développer d’autres en même temps. Il faut du temps pour rentrer dans un univers, pour se l’approprier, pour faire les connexions. On n’a jamais vu de démiurge créer deux mondes en même temps. On en crée un mais bien, parce qu’on met tout de soi. Donc, tant que je travaille sur un univers, je rentre en fusion avec. Je suis monogame au niveau des univers !

L’intégrale d’Omale va être rééditée chez Denoël à la fin de l’année (en novembre 2012). En gros volumes, les Lunes d’Encre pour ceux qui connaissent. Une collection de SF très très bien. Ils ont réédité notamment le cycle de Fondation avec des super couvertures de Manchu ; ce sont des super beaux bouquins, avec des rabats et tout. En plus, ils ont un beau catalogue, je suis très fier de publier dans cette collection. C’est un peu le successeur de Présence du Futur.

Omale

Olivier : C’est une version d’Omale réécrite ?

Laurent Genefort : Oui. Avec près de dix ans de recul, j’ai pu mieux structurer au niveau des écosystèmes. Il y a des novellas inédites dans le second volume. C’est la version canonique.

Le quatrième roman, Les Vaisseaux d’Omale, se passe pour la première fois dans l’Aire hodgqine ainsi que dans l’espace intérieur d’Omale. Ça se passe à peu près cinquante ans après La Muraille Sainte d’Omale. Le roman paraîtra en mars 2014. J’ai écrit un artefact immense pour pouvoir l’explorer au maximum. Donc je continue l’exploration.

Après un passage par la spéculative fiction avec Points chauds en 2012, je poursuis la réédition de mes space operas « Anticipation » chez Critic. En novembre 2013 paraîtra une trilogie, intitulée Les Chants de Felya ; et Les Opéras de l’espace, chez Folio SF, au début de l’année 2014.

Thorsten : Parlons du monde futur. On arrive à notre dernière question. Quelle est votre vision du futur ?

Laurent Genefort : Ma vision du futur… Je n’ai pas de vision du futur pré-programmée. J’explore des domaines particuliers, c’est là où c’est intéressant. Quand on passe par le truchement d’un thème, ça déteint sur tout le reste. C’est le cas dans Points Chauds. Je passe par l’intermédiaire de ces aliens… Les aliens c’est un peu comme une crise économique. C’est une dose de chaos dans un système déjà en ébullition, qui est le monde d’aujourd’hui. Tout à coup, vous avez un million d’aliens qui déboulent un peu partout et qui vont semer la pagaille parce qu’on est dans un monde qui veut se réguler. C’est une dose de chaos dans un système déjà vachement chaotique. Donc ce que je raconte, c’est qu’il y a des systèmes qui s’effondrent, des régimes politiques qui changent, des choses qui évoluent aussi, qui s’adaptent. Et puis même quand ça peut dysfonctionner au niveau politique ou au niveau économique, ça peut très bien fonctionner au niveau des relations personnelles. Il peut y avoir des amitiés qui se créent, des relations d’affaire… Je montre aussi qu’on est obligé de sortir des idéologies si on veut être réaliste. On trouve des aliens qui se révèlent hostiles, des aliens qui sont des proies, qui sont démunis par rapport à l’environnement qu’ils découvrent ; il y a un plein de cas de figures.

Thorsten : Merci pour vos réponses. Nous en avons fini avec nos questions ; peut-être dans le public y a-t-il d’autres questions ?

Points Chauds

Public : Bonsoir. Par rapport aux éditeurs de SF, vous disiez qu’il n’y avait pas forcément de compromis parce que vous vous entendiez bien avec vos éditeurs, qu’ils étaient passionnés. Est-ce que ce ne serait pas aussi parce ce sont des éditeurs de ces genres-là ? Comment est-ce que ça se passerait avec d’autres éditeurs ; Albin Michel, Michel Lafon…

Laurent Genefort : Quand je parle d’éditeurs, je parle soit des éditeurs eux-mêmes lorsque ce sont de toutes petites structures, où les éditeurs s’occupent eux-mêmes des bouquins (comme Olivier Girard, l’éditeur du Bélial’) ; soit, dans les plus grandes maisons, de directeurs de collection attitrés (comme Gilles Dumay, chez Denoël : c’est le directeur de leur collection SF, et c’est un passionné — la preuve, il est auteur !). Pour Albin Michel et consorts, ils ne sont tout simplement pas demandeurs.

Public : En fait, c’est un rapport avec des passionnés. Avec d’autres maisons d’édition qui seraient largement plus grandes, où il n’y aurait pas forcément de collection SF, ils seraient moins passionnés, le rapport serait tout à fait différent.

Laurent Genefort : Ce que je fais est de la SF, impossible de mentir. Le Sang des Immortels ou Omale, personne ne pourrait prétendre que c’est du polar ou de la romance. Dantec en revanche, a commencé à publier sa SF — parce que c’en est — dans la collection Noire. Parce que ça commence comme du polar, Les Racines du Mal, et sur cent pages c’est du pur polar. Ou Houellebecq, etc. Donc on peut « trahir » l’éditeur. On peut transmettre des concepts issus de la SF de façon subreptice.

Mais en même temps ces maisons d’édition là, je les comprends. La SF est un repoussoir pour quatre-vingts pour cent de la population. Elles n’ont pas envie de couler un bouquin avant même sa sortie. Il y a des auteurs qui sont des auteurs passeurs. Comme ceux qui publient dans des collections non labellisées SF, ou hors collection, mais qui font quand même passer des concepts SF, même si c’est assez léger et jamais révolutionnaire, ce n’est pas grave ; cela prouve que la SF a contaminé la littérature générale. Les auteurs dont je viens de parler ne se cachent pas du tout de leurs racines de SF. La plupart ont un discours plutôt honnête là-dessus.

Ce que je regrette, c’est l’effondrement des collections. Elles formaient une base sur laquelle se reposer. Mais je ne vois pas de corrélation avec l’émergence des auteurs précédemment cités. Je regrette également que le noyau de lecteurs de SF ait vieilli, ne se soit pas renouvelé, et qu’il se soit réduit. Aujourd’hui le noyau dur de SF est trop restreint par rapport à la qualité des textes. Parce qu’on a plein de textes de grande qualité. Egan ou Baxter, par exemple, sont un peu les Arthur C. Clarke de l’an 2000, sauf que Clarke dans les années 60 vendait cent mille exemplaires en France, et Egan doit être à deux mille cinq cents exemplaires. Voilà, c’est dommage. Mais rien ne dit que cela ne repartira pas un jour. L’avenir n’est pas écrit, foi d’auteur de SF.

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