Retour sur le Festival Scorfel 2014

Littératures de l’imaginaire et jeux

jeudi 6 novembre 2014 , par David Soulayrol

Les 25 et 26 octobre derniers, Pérégrine participait pour la seconde fois à l’organisation du festival Scorfel. Outre les tables de jeux de plateau, celles de la ludothèque ou de jeu de rôle, vous pouviez rencontrer des auteurs - tels Thomas Geha ou Lionel Davoust déjà invités par l’association ou Mélanie Fazi, Sophie Dabat et d’autres déjà reçues par le dragon l’année passée - ou des éditeurs de la taille de Critic ou des éditions du Riez. Je vous passe les détails, abondamment illustrés sur le site de l’événement. Cet article est l’occasion de se pencher davantage sur les petites activités proposées par Pérégrine au sein du festival.

De la prose et des vers...

Erzie et Helmut sur le stand de Pérégrine

Pour l’occasion avait été lancé un appel à texte dont le sujet, follement original, avait trait aux dragons. De forme libre, le texte devait ainsi comprendre textuellement l’un des proverbes ou aphorismes suivants :

  • Qui trop combat le dragon devient dragon lui-même, F. Nietzsche ;
  • Dans un étang, il n’y a pas de place pour deux dragons, proverbe chinois ;
  • Pour ravir un trésor, il a toujours fallu tuer le dragon qui le garde, Jean Giraudoux ;
  • Il n’est pas prudent d’écarter de ses calculs un dragon vivant, quand on est près de lui, J. R. R. Tolkien.

Ou enfin le célèbre :

  • La raison du dragon est toujours la meilleure, La Fontaine.

... Mais pas trop !

Mais les œuvres attendues avaient pour propriété essentielle et davantage originale leur format ; chaque texte devait comporter moins de 1200 signes. (Par signes, on entend l’ensemble des éléments constitutifs d’un texte, à savoir les caractères, les espaces, la ponctuation.)

Des textes aussi courts sont généralement appelés micronouvelles. Leur défi est de suggérer ou de croquer d’un simple trait une histoire, une situation, des personnages. Leur longueur varie de quelques caractères à un millier environ. Par comparaison, une nouvelle courte comprend de 7000 à 18000 signes.

Il s’agit d’une forme de littérature extrêmement exigeante pour l’auteur qui possède ses caractéristiques stylistiques propres et qui s’appuie sur la culture générale du lecteur pour fonctionner. Souvent proche de l’aphorisme, elle est une forme littéraire de l’instantané photographique. Elle se prête très bien à l’humour noir, aux instants dramatiques, aux pastiches. En voici trois exemples :

Cuando despertó, el dinosaurio todavía estaba allí. (Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là.)

Augusto Monterroso ― http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Din...

Les nuages éclatèrent, la pluie tomba et s’évapora avant d’avoir touché le sol incandescent, ravagé par la dernière guerre nucléaire.

Atorgael ― http://www.atorgael.com

Il l’observe. Elle en est sûre. Elle a vérifié. Derrière elle, il n’y a qu’une table vide et un mur beige. Comment elle a su qu’elle est l’objet de son attention, malgré ses lunettes noires ? Une femme sent ses choses-là. Appelez ça son sixième sens, son deuxième nez, peu importe…Elle arrange sa chevelure, s’humecte les lèvres, fait semblant d’être absorbée par la surface de son café, aussi calme que son cœur est agité. Il est beau. Il lui sourit. Elle sourit. Il se lève. Il vient vers elle ? Non ! Sa canne blanche le mène à tâtons jusqu’au comptoir.

Yehni Djidji ― http://www.yehnidjidji.com

Notez au regard de ces textes que 1200 signes laissaient une grande marge de manœuvre.

Or donc ?

Un mur de signes

Les participants ont su jouer avec les contraintes de longueur, ont exploré différentes formes et se sont essayés à toutes les maximes proposées. Nous remercions chaleureusement la quarantaine de participants qui s’est creusée la cervelle pour produire cette variété de tapuscripts.

Deux textes se partagent la préférence des lecteurs. Le nombre de voix en leur faveur est identique. Le premier profite d’un second choix exprimé sur un bulletin ; le second est sans doute l’objet d’un « vive les arbres à saucisses » (sic) de bon aloi sur un autre. Sans tergiverser davantage, je félicite donc Jérémy Sirugue et Nicolas Descharmes pour leurs propositions. Le premier nous fait savoir qu’il espère que sa maman sera fière de lui. Le second n’est pas un inconnu puisqu’il gagnait le second prix du concours de nouvelles organisé par Pérégrine il y a un an.

Le texte le plus remarqué ensuite est celui de Manon : Fer et flammes. Suivent à des degrés similaires, en vrac, le texte anonyme d’Elsa, La vérité des écailles de Bérangère, Le cinquantième d’Olivier, Le dernier des dragons d’Aurelia, Le dire du dragon de Marie-Laure, ou Un dragon dans la poitrine de Benoît.

Que l’on me permette d’ajouter, comme ça, au pied levé et parce que je suis d’humeur joyeuse, Bark et Blub d’Arnaud, dont j’apprécie le ton léger et inconséquent ou Dragon(s)(g), pour les jeux de mots délicieusement stupides et la nostalgie des livres dont on est le héros.

D’exquis mots en plus...

Sur le stand de Pérégrine, vous pouviez trouver une autre proposition originale ; une machine à fabriquer des cadavres exquis.

Le cadavre exquis est une invention des surréalistes français au début du vingtième siècle. Le principe du jeu est simple : chaque participant écrit à tour de rôle une partie d’une phrase (dans l’ordre un sujet, un verbe, un complément) sans savoir ce que le précédent a écrit. La première phrase qui résulta de ce procédé fut dit-on « Le cadavre – exquis – boira – le vin – nouveau », d’où son nom. D’une simple activité de divertissement, ou d’exploration du subconscient, le cadavre exquis est devenu procédé littéraire, et la façon d’y jouer peut maintenant varier pour rendre l’exercice plus intéressant. Chacun peut écrire une ligne en ayant simplement connaissance de celle qui précède. Pour l’écriture d’un roman complet, chaque auteur connaît seulement les derniers paragraphes de l’auteur précédent.

Un exemple :

Cette femme si séduisante qui me dévisageait
ressemblait un peu à un Modigliani à part
les couleurs, un peu trop blafardes.
Rien à voir avec les cerisiers en fleurs qui
au Japon, annoncent le printemps des couleurs.
La saison arc-en-ciel comme on l’appelle là-bas.
Mariage de la pluie et du soleil intense.
Quelqu’un prononça le mot magique et le jardin
se mit à fleurir en un instant. L’enchantement
fut total.

http://www.lecadavreexquis.com/

... Avec toute notre morgue

La machine à cadavres

Pérégrine vous invitait donc à tenter l’expérience. Voici ci-après ce que l’on pouvait lire, à tête reposée, le festival une fois terminé. Le résultat se goûte peut-être de préférence avec un doigt de porto ou tout autre solution apportant l’ivresse et le détachement nécessaires. Mais l’essentiel est ailleurs ; lequel de la machine ou du résultat rendu est le plus surréaliste ? Je m’interroge encore.

Cadavres exquis, étrange pensée venant juste après la première morsure. C’est vraiment délicat. Si seulement il s’était attendu à ce que les crocs fussent d’ivoire. Il n’avait pas idée, mais au plus profond de lui-même, il savait que ce qui l’attendait était dur.

La lune éclairait d’un blanc blafard les alentours. La jungle s’était endormie, mais des sons étouffés surgissaient des bosquets. Il savait qu’à tout moment une bête tapie dans l’obscurité pouvait surgir, et ne doutait pas qu’il faisait en cet instant et en ce lieu un morceau de choix pour carnivores... qu’il n’allait pas laisser filer... L’inspecteur le vit soudainement, avançant d’un pas lourd et traînant. Une tâche de lumière éclaira soudainement la chose. Ce n’était pas un visage humain mais plutôt un faciès bovin. Que dire de l’œil de bœuf du voisin. Un œil de bœuf ? Mais non, c’était une lucarne ; je connaissais bien l’endroit, quand petite je me réfugiais là pour lire les vieux journaux du début du siècle. Ces journaux me terrifiaient par leurs dessins... Surtout celui du cerf qui louche. Son œil droit semblait me regarder méchamment alors que l’autre me faisait un clin d’œil amical.

Partagée entre l’envie de fuir le plus loin possible d’ici et la curiosité violente qui me prenait les tripes, il me fallait choisir. De deux choses l’une : soit je l’embrochais avec le crochet qui pendait en face de moi, soit je détalais comme un lapin. Le choix est vraiment cornélien. Si cornélien qu’en courant je butai sur une racine et m’étalai comme une crêpe, mon adversaire sur les talons. Son sabre enflammé lui frôla le crâne et s’enfonça profondément dans le béton. La fissure suinta aussitôt une sève corrosive qui se répandit sur son bras, lui arrachant un hurlement.

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Documents

Anonyme (anonyme_anne-onyme.pdf — 104.3 ko)

Anonyme (anonyme_elsa.pdf — 16.8 ko)

Bark et Blub (bark-et-blub_arnaud.pdf — 35 ko)

Dragon(s)(g) (dragon-s-g.pdf — 27.2 ko)

Fer et flammes (fer-et-flammes_manon.pdf — 28.1 ko)

La vérité des écailles (la-verite-des-ecailles_berangere.pdf — 28.4 ko)

Le chevalier et le dragon (le-chevalier-et-le-dragon_nicolas.pdf — 178.5 ko)

Le cinquantième (le-cinquantieme_olivier.pdf — 19.4 ko)

Le dernier des dragons (le-dernier-des-dragons_aurelia.pdf — 25.8 ko)

Le dire du dragon (le_dire-du-dragon_marie_laure.pdf — 22.4 ko)

Un dragon dans la poitrine (un-dragon-dans-la-poitrine_benoit.pdf — 5.1 ko)

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