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Rencontre avec Pierre Bordage (4/16)

Octobre 2005 à Lannion

jeudi 8 mars 2007 , par Nath, Vero

Je trouve que des gens comme Damasio sont de vraies nouvelles fenêtres ouvertes sur le grand large.

Pérégrine : L’auteur allemand Andreas Eschbach, qui vit au Conquet, semble envier la diversité et la richesse des parutions de science-fiction française. Partagez-vous son optimisme ?

Pierre Bordage : Il faut dire que Eschbach parle de la science-fiction allemande, qui est totalement sinistrée, et qui ne laisse de place qu’aux auteurs américains de série du type Star wars ou Star Trek. Grosso modo, il n’y a rien d’autre. Andreas a d’ailleurs fait partie des auteurs qui ont écrit pour la série Perry Rhodan, et c’est une de ses fiertés, parce qu’il en rêvait depuis qu’il était petit. Perry Rhodan doit en être à 2000-2500 aventures : c’est donc énorme ! Quand Eschbach est arrivé en France, il a vu qu’il y avait effectivement une vraie science-fiction française, avec des éditeurs, beaucoup d’auteurs, et que ces auteurs vivaient bien, à côté des auteurs anglo-saxons. Jusqu’à présent, je partageais ce point de vue puisqu’il y avait effectivement une diversité d’éditions et d’auteurs. Maintenant je pense, ou je crains que les récents regroupements au niveau des éditions ne réduisent tout cela à néant. Ce qui a le vent en poupe en ce moment, c’est la fantasy : il y a beaucoup de collections de fantasy qui se créent, y compris chez les éditeurs de littérature générale comme Calmann-Lévy par exemple, lesquels n’ont rien à voir avec la fantasy en théorie, et qui épousent le mouvement ; ce faisant, ils réduisent la part de science-fiction dans les collections. Ceci est aussi vrai pour les livres de poche, et c’est un peu plus grave pour nous parce qu’ensuite nous aurons du mal à trouver ce deuxième débouché après le grand format. Si déjà les parutions en grand format se réduisent, parce que les éditeurs rechignent à publier de la science-fiction, et si ensuite les parutions en livres de poche se réduisent aussi, il ne nous reste plus grand chose, et c’est comme cela que l’on va vers la fin d’un genre, ou vers son agonie. Néanmoins il faut que les auteurs arrêtent de se plaindre et bossent, car je pense qu’une part de la responsabilité leur revient aussi : ils doivent être meilleurs, tout simplement. Il faut qu’on tire les textes vers le haut à tout prix et qu’on arrête de se complaire...Je trouve que la science-fiction devient vite une littérature de référence, et qu’on se trouve ainsi en auto-référence : on parle d’un thème parce qu’un auteur en a parlé avant, on joue avec des concepts qui ont déjà été utilisés, et on semble exclure le lecteur de ce petit jeu entre nous. Je pense qu’il faut de la sincérité avant toute chose et qu’ainsi on regagnera du public. Donc il faut que nous sortions de nos ornières, il faut ouvrir au maximum, être bons, plus exigeants, et peut-être passerons nous ainsi la rampe. Les auteurs de fantasy, qu’on juge souvent à tort comme de mauvais écrivains, font énormément de progrès. Même s’ils ont du mal à sortir des « tolkienneries » en général, il y a tout de même un vrai mouvement, une vraie dynamique. Il faut que nous trouvions une vraie dynamique nous aussi.

Pérégrine : Que pensez-vous des nouveaux auteurs de science-fiction français comme Alain Damasio, Fabrice Colin, Stéphane Beauverger, Xavier Mauméjean, Thomas Day... ?

Pierre Bordage : Je trouve que Damasio par exemple a fait un livre assez extraordinaire, La Horde du contrevent je crois. C’est une vraie nouveauté, une vraie claque dans la figure de tous les auteurs. Voilà, çà veut dire : au boulot, les gars ! Je connais un peu moins les autres. Je sais que Mauméjean a eu pas mal de prix, mais je le connais un peu moins. Thomas Day est quelqu’un d’un peu spécial parce qu’il est à la fois auteur, éditeur, critique : c’est beaucoup de consanguinité et ce n’est pas bon, pas bon pour le milieu. Je trouve que des gens comme Damasio sont de vraies nouvelles fenêtres ouvertes sur le grand large. Je ne dit pas que son bouquin soit forcément accessible à tous les lecteurs d’emblée, parce qu’il y a une pagination à l’envers, et plein de petits codes comme cela. Mais cela nous oblige à nous remettre en cause et à nous dire qu’il y a peut-être d’autres voies de narration à explorer, et que lui a explorées.

Pérégrine : D’ailleurs, c’est l’exercice d’entrée à l’association : vous devez lire ce bouquin, c’est le passage obligé !

Pierre Bordage : Pour ceux qui savent lire à l’envers et de haut en bas, il n’y a pas de problème...et avec un miroir aussi !

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