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Rencontre avec Pierre Bordage (13/16)

Octobre 2005 à Lannion

dimanche 24 juin 2007 , par TiToc’h, Vero

A mon avis, l’imaginaire a deux fonctions : l’émerveillement - c’est-à-dire simplement proposer une balade, un beau voyage à quelqu’un, plus loin et moins cher que les vrais, - et la réflexion. Il y a toujours un peu de réflexion dans l’émerveillement, et toujours un peu d’émerveillement dans la réflexion, ce qui fait qu’on a toujours l’un et l’autre.

Public : Dans vos romans, voulez-vous toujours faire réfléchir sur un sujet ?

Pierre Bordage : Je ne sais pas. Comme je le disais tout à l’heure, à mon avis, l’imaginaire a deux fonctions : l’émerveillement - c’est-à-dire simplement proposer une balade, un beau voyage à quelqu’un, plus loin et moins cher que les vrais, - et la réflexion. Il y a toujours un peu de réflexion dans l’émerveillement, et toujours un peu d’émerveillement dans la réflexion, ce qui fait qu’on a toujours l’un et l’autre. Mais, je ne veux pas non plus faire des romans « prise de tête ». Même si j’amène une réflexion, je veux que ce soit sous une forme agréable, romanesque, c’est-à-dire toujours avec un premier degré d’aventure et d’histoire. Qu’on soit déjà simplement tenu par l’histoire. Après, s’il y a des éléments de réflexion, ils viendront en plus. Mais mon premier souci, c’est de garder ce niveau d’histoire en permanence. Dans les années 70-80, la science-fiction française est peut-être un peu tombée dans ce travers, à savoir : elle était uniquement faite de livres de réflexion. Des livres plutôt politiques finalement. Cette réflexion politique a son utilité, mais on ne peut plus accoler le mot roman dessus. Les lecteurs de science-fiction ont besoin de cet émerveillement, de ce vertige que propose le genre. Sans ça, on risque de les perdre très rapidement. Cela s’est déjà passé dans les années 70-80, où les lecteurs français ont complètement abandonné les auteurs français. Ils n’en voulaient plus, et ils se sont rabattus sur les auteurs américains, qui eux avaient toujours gardé ce qu’ils appellent eux le « sense of wonder », c’est-à-dire le sens du merveilleux. Le désir simple d’embarquer quelqu’un dans une histoire. D’ailleurs on le voit dans leur cinéma actuellement. Même si ces histoires ne sont pas toujours terribles, il y a toujours cette idée d’emmener quelqu’un dans une histoire. Je pense me situer plutôt dans cette ligne-là.

Pepe1937 : Vous voyez les religions comme étant une des puissances qui gouvernent le monde. Je n’ai pas tellement vu le rôle de l’économie dans vos romans. Qu’en pensez-vous ?

Pierre Bordage : L’économie est une notion inventée par les Pères de l’Eglise. En l’occurrence, mon dernier livre, « les chemins de Damas », parle quand même d’économie, ou plutôt d’une vision d’harmoniste de l’économie. Je pense que le libéralisme est une vision d’harmoniste, c’est-à-dire que les plus forts résistent, et pas les plus faibles. Le monde des Fables de l’Humpur est tout à fait différent du monde contemporain. C’est une donnée à côté de laquelle on ne peut pas passer. L’économie nous gouverne tellement. Mais je… reste persuadé que l’économie moderne est aussi liée quelque part aux religions. C’est une reconnaissance par le mérite. Dans toutes les colonisations, il y a toujours eu des missionnaires derrière les marchands et ça va très bien ensemble. L’expansion d’une religion va souvent de pair avec l’expansion économique d’un empire, et en général les deux sont indissociablement liés. C’est effectivement une donnée incontournable, et je pense que l’économie moderne, le libéralisme par exemple, est vécu comme une religion, comme un dogme. On appelle ça un dogme, et c’est exactement comme une religion. Je ne suis pas un spécialiste en économie, j’ai fait des études de lettres, La donnée économique est très importante, surtout à notre époque.

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