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Rencontre avec Pierre Bordage (16/16)

Octobre 2005 à Lannion

mercredi 1er août 2007 , par Association Pérégrine, Nath, Vero

C’est cela qui est formidable avec l’écriture, c’est la descente dans la mine de soi-même. Dedans on va piocher des trucs qu’on ne pouvait même pas soupçonner. C’est pour cete raison que j’aime bien partir avec l’écriture, parce que l’écriture est vraiment un fil d’Ariane dans un labyrinthe, dans son propre labyrinthe. J’emploie souvent l’image du fond du fleuve : il y a le fleuve, on plonge dedans, et au fond il y a des pépites ; et on peut les ramasser, les remonter, et les donner aux gens éventuellement.

Public : Tout à l’heure, vous établissiez un distinguo entre religion et spiritualité, et je ne comprends pas bien : la religion c’est la spiritualité au contraire.

Pierre Bordage : Viens dans mon église frère je vais t’expliquer ! Mais tu as de l’argent, hein, j’espère ? C’est pas gratuit ! Bon, je blague.

Public : Pour moi, ce que vous disiez tout à l’heure, cela traitait déjà de religion, et je ne vois pas bien ce que vous appelez spiritualité, du coup ; parce que la différence n’est pas claire. Enfin, je ne comprends pas bien.

Pierre Bordage : Bienvenue au club, alors ! Bon. Je pense qu’il est très difficile d’expliquer ce que c’est que la spiritualité dans la mesure où c’est toujours quelque chose de très personnel. Quand on vit dans le dogmatique, on se dit : « il faut faire ça ». Je ne veux surtout pas que les gens fassent quoi que ce soit. Je vais faire référence à un type qui s’appelle Krishnamurti qui est mort il y a quelque temps déjà. C’est un penseur indien, qui a toujours vilipendé les religions, en disant que finalement elles nous empêchent de réfléchir par nous-mêmes. L’éducation ou le sentiment d’appartenance à un peuple, à une nation, à un sexe, à un âge : on a plein de conditionnements. Et lui, son propos c’est de déconditionner en permanence. C’est-à-dire à chaque fois de distinguer quand on agit, quand on parle, quand on fait quelque chose, la part du conditionnement de la part de ce qui est vrai en soi. Et on se rend compte, j’en ai fait l’expérience, qu’on parle souvent par conditionnement. C’est-à-dire qu’on ne pense jamais ou très très rarement vraiment par soi-même. Pour moi, c’est ça la véritable spiritualité ; c’est retrouver son essence propre, la sienne, qui n’est à nulle autre pareille et qui permet de penser ou d’avoir sur les choses et les gens un regard perpétuellement neuf. Or il est souvent habillé de plein de choses, le regard qu’on porte sur les gens. Je ne sais pas moi, on voit quelqu’un et il nous évoque tout de suite quelque chose, en rapport à ce qu’on a connu. On est toujours dans des processus de pensées paresseuses. C’est-à-dire que la pensée est paresseuse et nous entraine toujours dans ce qu’elle connaît. C’est comme ça que j’explique cette éternelle propension de l’homme à se détruire lui-même. Ou à s’exploiter, enfin à se montrer terrible vis-à-vis des autres hommes. C’est parce qu’il est toujours dans des schémas de répétition, la pensée étant paresseuse. C’est une tentative maladroite d’explication sans doute, il s’agit d’essayer de voir la part de ce conditionnement qui fait qu’on porte un jugement a priori sur les gens alors que finalement on pourrait leur accorder simplement un regard tout neuf. C’est-à-dire comme si je ne le connaissais pas, et que cette âme-là, je pouvais la regarder de façon tout à fait neuve. Mais pour moi il ne s’agit pas de grandes notions de dieux/Dieu tout ça, mais plus retrouver l’essence des gens. Il me semble que, quand on s’interroge sur ce qu’on est soi-même, on ne sait pas toujours donner une réponse. On se dit : « j’ai été éduqué comme ça, j’ai vécu ça, donc je suis ça ». Mais non, il y a peut-être autre chose, en-dessous, en-dessous de tout ce fatras de conditionnement. Pour tout le monde. C’est cela qui est formidable avec l’écriture, c’est la descente dans la mine de soi-même. Dedans on va piocher des trucs qu’on ne pouvait même pas soupçonner. C’est pour cete raison que j’aime bien partir avec l’écriture, parce que l’écriture est vraiment un fil d’Ariane dans un labyrinthe, dans son propre labyrinthe. J’emploie souvent l’image du fond du fleuve : il y a le fleuve, on plonge dedans, et au fond il y a des pépites ; et on peut les ramasser, les remonter, et les donner aux gens éventuellement. J’ai l’impression qu’écrire c’est ça : c’est descendre dans l’infiniment petit de soi-même, et effectivement c’est d’une puissance redoutable. C’est pour cela que je disais tout à l’heure qu’il y a des livres très douloureux, parce qu’on va à l’essentiel, au cœur des choses. Enfin, d’après mon expérience, je pense qu’on ne peut pas tricher avec l’écriture, en tous cas.

Pérégrine : Donc je pense qu’on va s’arrêter là pour les questions.

Pierre Bordage : Tu m’as fait transpirer là… A moins que ce soit la bière…

Pérégrine : On dit que c’est la bière ! Si vous avez d’autres questions, vous pouvez éventuellement les poser tout à l’heure en privé. Et je pense que nous pouvons avant tout remercier Pierre Bordage

Pierre Bordage : Merci à vous, merci à vous.

Pierre Bordage : Merci à vous, hein.

Pérégrine : Oh, de rien.

Nous espérons que vous avez apprécié ce moment avec Pierre Bordage. Revenez sur notre site pour découvrir nos prochaines rencontres. Cordialement

 
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